Le retour des "enquêtes spéciales"

Alors que le niveau d'alerte "terrorisme" a été baissé mais que les mesures de prévention sont maintenues ("La Libre" du 4/1), le débat fait rage autour de l'alerte en place depuis le 21 décembre, entre prudence nécessaire, adéquation des mesures au danger réel et communication manifestement pas au point.

R.P.
Le retour des "enquêtes spéciales"
©Bauweraerts

Alors que le niveau d'alerte "terrorisme" a été baissé mais que les mesures de prévention sont maintenues ("La Libre" du 4/1), le débat fait rage autour de l'alerte en place depuis le 21 décembre, entre prudence nécessaire, adéquation des mesures au danger réel et communication manifestement pas au point.

Mais, dans le lot, le ministre de l'Intérieur Patrick Dewael (Open VLD) a trouvé le "bon" moment pour rappeler une vieille revendication de la Sûreté de l'Etat, et ce même si celle-ci n'a quasi pas été impliquée dans les décisions du 21 décembre, à la différence de la police fédérale. Cette dernière dispose en effet depuis la Noël 2005 de ses "méthodes particulières de recherche" (MPR), un euphémisme pour des surveillances très poussées (écoutes téléphoniques, observations "pointues" avec micros et caméras dans les lieux privés, intrusion informatique, etc.). Le SGRS (renseignement militaire) a, de son côté, le droit de procéder à des écoutes, mais à l'étranger.

En revanche, la Sûreté, notre service de renseignement civil, ne dispose pas du même arsenal. C'est que le projet de loi des "MRD" ("méthodes de recueil des données", quasi équivalentes aux MPR mais pour le renseignement), qui avait été porté par les anciens ministres de la Justice (Laurette Onkelinx) et André Flahaut (Défense) fut mis au frigo peu avant les dernières élections législatives, le contrôle sur les "MRD" semblant insuffisant.

Bref, M. Dewael est donc intervenu ce week-end pour relancer le sujet. "En concertation avec mon collègue de la Justice Jo Vandeurzen, je compte insister pour que l'on puisse y procéder en extrême urgence", a-t-il ainsi indiqué à plusieurs quotidiens flamands. Le projet "MRD" pourrait donc reprendre vigueur au Parlement à brève échéance.

Mais là où M. Dewael surprend, c'est en demandant également que les services de police disposent de plus de possibilités de recourir à des techniques spéciales et de davantage de compétences dans l'antiterrorisme. Si on note que le procureur fédéral Johan Delmulle plaidait encore très récemment grosso modo en ce sens, on retient aussi que les moyens de la police devenue fédérale avaient été considérablement accrus lors de la réforme des (anciennes) polices. Et que les MPR constituent déjà, aux yeux de certains, un extrême dans ce que la démocratie peut concéder sur les libertés individuelles. "Cela ne signifie pas pour autant que l'on donne carte blanche [...]. Il faut maintenir un contrôle", a d'ailleurs tempéré le ministre qui, pour terminer, aimerait interdire des organisations extrémistes telles que le DHKP/C ou "Blood and Honour".