La menace, un mois après

On l'a vu vendredi avec l'assassinat de deux touristes au Yémen, sans doute des mains de sicaires d'Al Qaeda : être Belge ne protège pas du terrorisme. Pourtant, le sentiment contraire semble parfois prévaloir, sans doute à cause de l'absence d'attentat d'envergure sur notre sol. Edito: Terrorisme: une confiance sous contrôle

La menace, un mois après
©BELGA
Roland Planchar

On l'a vu vendredi avec l'assassinat de deux touristes au Yémen, sans doute des mains de sicaires d'Al Qaeda : être Belge ne protège pas du terrorisme. Pourtant, le sentiment contraire semble parfois prévaloir, sans doute à cause de l'absence d'attentat d'envergure sur notre sol. D'où l'émoi sans précédent qui était né le 21 décembre dernier lorsque le Centre de crise gouvernemental et le Premier ministre lui-même avaient annoncé la mise sous état d'alerte du pays, et singulièrement de Bruxelles.

"Un attentat pourrait être en cours de préparation", avait dit M. Verhofstadt le jour où il prenait les rênes du nouveau gouvernement fédéral, "mais la situation est suivie de près afin de pouvoir infléchir les mesures en cas de besoin. L'action d'aujourd'hui (Ndlr : une vague de perquisitions) montre que, en Belgique, la lutte contre le terrorisme s'organise de manière intégrée, coordonnée et que les différents services veillent à notre sécurité".

Mais qu'en est-il, tout juste un mois après le branle-bas ? Le point de la situation.

1 Où en est-on ? Les choses n'ont pas beaucoup évolué en quatre semaines. Côté menace, pas d'attentat et seulement quelques dérangeantes mais peu graves alertes à la bombe - tant mieux.

Côté précautions, il ne semble plus être question de mesures ponctuelles comme la suppression du feu d'artifice bruxellois, à la Saint-Sylvestre.

Les mesures plus générales (obturation des poubelles publiques, présence policière accrue à Bruxelles, etc.) sont en revanche maintenues. C'est que le niveau d'alerte est stable.

Porté le 21 décembre au maximum (degré 4 sur 4) puis baissé d'un cran le 3 janvier (la différence résidant non dans la gravité mais dans l'imminence d'un éventuel attentat), il est donc toujours au degré 3 sur 4. Vendredi, Benoît Ramacker, porte-parole du Centre de crise, nous répondait ainsi, après que la rumeur d'un réajustement au degré 2 eut circulé, que "non, il n'est pas question de cela. Le niveau d'alerte, dont je rappelle qu'il est déterminé par l'Ocam (Ndlr : l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace), est toujours à 3. Les mesures de précaution, qui sont de toute façon modulées en fonction de la situation et non du niveau d'alerte, restent donc en vigueur". Ont-elles changé ? "Non. On remarque toujours la présence accrue de la police, les poubelles publiques restent closes, etc. Et c'est la même chose pour les mesures moins visibles", conclut le porte-parole. Dont le confrère Peter Mertens indiquait d'initiative, samedi après que la visite à Bruxelles du président pakistanais Perwez Musharaf eut été annoncée, que cette nouvelle donnée ne changeait rien à l'affaire (lire ci-dessous).

2 Jusqu'à quand ? Les mesures spéciales vont-elles encore durer longtemps ? "Eh bien, on attend les informations complémentaires émanant de différents services de police et de renseignement, ainsi que du parquet fédéral, puisque des enquêtes judiciaires sont toujours en cours. A la suite de ces informations, l'Ocam posera une nouvelle évaluation et c'est sur la base de celle-ci que nous déciderons de l'adaptation des mesures" , explique encore M. Ramacker. Donc, pas de date prévue pour le niveau 2 ? "Aucune".

3 Comment en est-on arrivé là ? D'emblée, le 21 décembre, on apprenait que la police avait intercepté des échanges de courriels et des conversations téléphoniques passées entre une quinzaine de suspects, ainsi qu'avec Nizar Trabelsi.

Il y était d'abord question, les choses étant plus ou moins liées (les déclarations officielles ont varié sur ce point), de l'évasion de ce terroriste, qui purge une peine de 10 ans de prison pour avoir projeté un attentat contre des soldats américains de la base aérienne de Kleine Brogel.

On parlait aussi d'un chimiste. De la fabrication de bombes artisanales. De l'essai de celles-ci dans les poubelles publiques, notamment dans le métro bruxellois. On avait également évoqué un entraînement pour le "jihad" islamiste. De surcroît, un parallèle avait été établi par les autorités entre ces éléments et un contexte international où on assistait à une poussée de fièvre similaire aux Pays-Bas et à des craintes allemandes.

Par ailleurs, alors que ce qui était présenté en décembre comme un réseau "dur" était sous surveillance depuis plusieurs semaines, certaines nouvelles informations semblaient fixer le moment d'un attentat bruxellois à l'après "fête du sacrifice", tombant les 19 et 20 décembre.

Enfin, les Etats-Unis, sans doute sur la base d'écoute des mêmes conversations, venaient d'avertir la Belgique, probablement le 17 décembre, qu'ils allaient émettre un avis de danger à propos de Bruxelles. En recommandant à leurs citoyens d'éviter les lieux fréquentés de la capitale belge, pour cause de risque d'attentat.

L'imminence de cette annonce (qui, unilatérale, aurait placé la Belgique dans un intenable porte-à-faux) et tous les autres éléments mis ensemble poussaient donc les autorités judiciaires à lancer une vague de perquisitions et à interpeller 15 suspects, en même temps que, côté politique, on lançait l'état d'alerte.

4 Quelle polémique ? Cependant, cette batterie de mesures ainsi que les déclarations faites depuis un mois n'ont pas eu l'heur de convaincre partout. Si le public s'est sans doute montré prudent, il l'a fait comme si c'était facultatif. Même dans les services de police, certains se montrent goguenards à l'égard des collègues de la "DR3", la section spécialisée dans l'antiterrorisme. Et certaines voix politiques ont carrément parlé de "surévaluation" de la menace. On lira par ailleurs quels sont les éléments d'un débat qui ne fait sans doute encore que naître et qui passera par un contrôle du Parlement.

Sur le même sujet