Un biographe Vlaams Belang d'Hitler

Dans l'optique évidente d'apparaître plus "politiquement correct", le Vlaams Belang s'efforce, à l'instar de tous les partis de la Nouvelle Droite, de (dé) montrer qu'il n'a pas (ou plus) de liens avec l'extrême droite nostalgique des dictatures d'hier.

Christian Laporte

Dans l'optique évidente d'apparaître plus "politiquement correct", le Vlaams Belang s'efforce, à l'instar de tous les partis de la Nouvelle Droite, de (dé) montrer qu'il n'a pas (ou plus) de liens avec l'extrême droite nostalgique des dictatures d'hier.

Reste qu'il demeure chez nombre de militants à tout le moins une nostalgie pour le passé brun ou noir. Ainsi, "Joods Actueel" révélait récemment le pèlerinage hitlérien d'une élue campinoise. Et, sans faire leurs les théories nazies ou fascistes, d'aucuns ne peuvent s'empêcher de laisser poindre quelque sympathie, en faisant abstraction de ce qui pourrait choquer.

"RésistanceS", l'observatoire belge de l'extrême droite (www.resistances.be) a ainsi découvert avec stupeur que Roland Pirard, un conseiller Vlaams Belang du CPAS de Berchem-Sainte-Agathe a tout récemment publié "Adolphe (sic) Hitler, sa véritable histoire", un ouvrage de 479 pages édité par Grancher. Il est vendu en Belgique et en France dans certaines librairies spécialisées dans les questions militaires, mais également par correspondance sur Internet.

Selon Manuel Abramowicz, le coordinateur de l'observatoire, le livre ne mentionne aucune expertise de Roland Pirard en la matière. Qu'a-t-il voulu faire ? L'auteur s'en explique prudemment dans sa préface : "L'objectif que j'ai poursuivi en écrivant ce livre, c'est d'essayer de comprendre Hitler et le national-socialisme sous tous leurs aspects." Et d'ajouter que si "on évoque régulièrement les déportations de Juifs, les camps d'extermination et le racisme, le phénomène hitlérien est plus complexe". De là à évacuer ces thématiques ? L'auteur dit "ne pas avoir détaillé les camps de concentration, la Gestapo et la SS" pour se pencher sur "les thèmes moins souvent expliqués que sont la politique sociale et la politique monétaire". Et de conclure en annonçant qu'il s'est "efforcé dans la mesure du possible d'être "objectif" en ce qui concerne ce sujet très passionnel".

Dédiabolisation dangereuse

Pour l'observatoire de l'extrême droite, "le néophyte en matière d'hitlérisme pourra croire qu'il s'agit d'un texte neutre". Mais ce n'est qu'une impression : "Si son livre se réfère à des événements connus et déjà traités à maintes reprises, il jongle avec la réalité du contexte de l'époque et apporte même des explications partisanes afin de dédiaboliser, en le relativisant, le régime dictatorial nazi."

Bref, certainement pas un livre à mettre entre toutes les mains, entendez : de lecteurs non avertis des réalités de l'hitlérisme...

Manuel Abramowicz a aussi mené l'enquête sur l'auteur, Roland Pirard. Alors que son épouse représente aussi le VB au conseil communal de Berchem-Sainte-Agathe, il siège lui-même au CPAS. S'il a rejoint le Belang, c'est parce que l'extrême droite francophone l'a profondément déçu par son inertie.

"Il a dirigé le cercle Copernic et fut jadis secrétaire général du Front national sous Féret avant de rejoindre les activistes francophones du VB, précise M.Abramowicz. Avec son épouse, qui s'exprime parfois dans le périodique "Vérités bruxelloises", qui se présente comme le journal des amis de Johan Demol, Roland Pirard s'inscrit clairement dans la mouvance identitaire francophone. Si l'on y occulte les objectifs de dissolution de l'Etat belge, elle prône un programme radical à l'égard des immigrés et pour une certaine identité européenne." Appelé à se définir lui-même sur un site d'extrême droite, Roland Pirard précisait : "Je ne suis pas hitlérien. Je suis partisan d'un pouvoir politique fort (reposant sur les référendums) mais pas dictatorial."