Les faits belges incertains

La Belgique et le Maroc entretiennent des relations judiciaires et extrajudiciaires régulières et de qualité. Mais les autorités belges ont été prises au dépourvu en apprenant mardi l'arrestation au Maroc de trois personnes disposant des nationalités belge et marocaine, parmi trois dizaines d'autres membres supposés d'un "réseau terroriste".

Roland Planchar
Les faits belges incertains
©BELGA

La Belgique et le Maroc entretiennent des relations judiciaires et extrajudiciaires régulières et de qualité. Mais les autorités belges ont été prises au dépourvu en apprenant mardi l'arrestation au Maroc de trois personnes disposant des nationalités belge et marocaine, parmi trois dizaines d'autres membres supposés d'un "réseau terroriste". Elles n'ont pourtant pas négligé l'information. En bref : ce réseau, comportant les Belgo-Marocains Abdelkader Belliraj (Belge depuis juin 2000, il serait le chef), Abdellatif Bekhti et Thami Mustapha, aurait commis des hold-up et six assassinats en Belgique (lire ci-dessous), entre autres pour financer des activités terroristes. Belliraj y aurait singulièrement participé.

Jeudi, cependant, un doute sur l'aspect belge de l'affaire s'est installé, dit de façon diplomatique au parquet fédéral et plus crûment en marge du milieu d'enquête. Ainsi, il serait exagéré de dire qu'un dossier spécial est ouvert : "J'avoue notre embarras à communiquer sur le sujet, nous disait hier Lieve Pellens, porte-parole du parquet fédéral, car ce que nous avons reçu, ce n'est pas un dossier, pas des PV d'audition, c'est une note de police, ce qui ne permet pas, sans obtenir davantage d'éléments par commission rogatoire internationale, de rouvrir d'anciens dossiers. Pas possible non plus, sur cette base, de regrouper ces dossiers en un seul." Au plan juridique, un simple communiqué ne vaut pas grand-chose, et "un résumé, c'est toujours dangereux".

Jeudi matin, une réunion s'est d'ailleurs déroulée (parquets fédéral et de Bruxelles, police, Sûreté) pour évaluer la situation. Il en ressort que divers problèmes doivent être abordés (comme d'éventuelles prescriptions) et que, de façon temporaire à ce stade, Bruxelles pilotera la manoeuvre pendant que le parquet fédéral tentera d'obtenir les auditions des suspects. C'est qu'il faut y détecter les éléments précis qui permettraient de confirmer les récentes informations. Si c'était le cas, la machine judiciaire monterait en puissance.

Il n'est toutefois pas sûr que ce le soit jamais. Il est par exemple troublant de constater que, en quelques semaines, sans demander ni donc obtenir le moindre renseignement à la police fédérale ou à la Sûreté de l'Etat, les services marocains sont parvenus à résoudre autant de mystères d'un coup. Là où les Belges ont abouti à d'autres conclusions ou n'ont pu résoudre l'énigme pendant tant d'années. Bizarre, pensent des observateurs proches du milieu d'enquête.

Par ailleurs, Belliraj est certes connu en Belgique comme opposant au régime chérifien, mais ni comme truand, ni comme proche du terrorisme. Et si un membre de la famille de Bekhti a été en délicatesse avec la justice, pas de condamnation. Thami Mustapha, lui, est tout simplement inconnu des services belges, pourtant rapides en la matière.

Toujours est-il que ces observateurs risquent déjà l'hypothèse qu'il y aurait au moins exagération sur le volet belge. D'abord parce que les services de renseignement nord-africains conservent volontiers et sans limite de temps des informations pas toujours vérifiées à leur arrivée. La critique historique peut donc manquer dans les conclusions ultérieures, où l'on ajoute simplement les unes ou autres des allégations de valeur aléatoire.

Pour plaire au Roi ?

Ensuite, les récents événements pourraient s'inscrire, vu de Belgique, dans une "campagne d'assainissement" politique où tout pourrait faire farine au moulin. Enfin, on se souvient que, le 13 septembre 2006, le roi Mohammed VI avait écarté, assez brutalement, le général Hamidou Lâanigri, patron de la Direction générale de la sûreté nationale. Une disgrâce sans explication officielle mais perçue alors comme une conséquence du peu de résultats engrangés par la DGSN. N'est-on pas alors, se demandent certains spécialistes, en train d'essayer de plaire au Roi ?

Bref, en l'attente des détails de l'enquête marocaine, les Belges restent dans l'expectative.

Sur le même sujet