Plusieurs connexions avérées

Le démantèlement du réseau terroriste d'Abdel-kader Belliraj est loin d'être la première illustration des connexions entre la Belgique et le Maroc dans le domaine du terrorisme. Plusieurs dossiers ont démontré la présence sur le territoire belge de personnes, le plus souvent issues de la communauté immigrée, qui nourrissaient des projets, au minimum, de soutien à des activités terroristes.

Gérald Papy

Le démantèlement du réseau terroriste d'Abdel-kader Belliraj est loin d'être la première illustration des connexions entre la Belgique et le Maroc dans le domaine du terrorisme. Plusieurs dossiers ont démontré la présence sur le territoire belge de personnes, le plus souvent issues de la communauté immigrée, qui nourrissaient des projets, au minimum, de soutien à des activités terroristes. Le tableau ainsi dessiné par la juxtaposition de ces affaires révèle, semble-t-il, deux constantes : la Belgique aurait servi en quelque sorte de "base logistique" à des opérations de nature plus violente dans d'autres pays et apparaît en filigrane de tous ces dossiers le Groupe islamique combattant marocain (GICM).

Les experts ès terrorisme situent la création de ce mouvement en 1997, dans les milieux islamistes de Grande-Bretagne. Un an plus tard, des perquisitions rue de Mérode à Bruxelles aboutissent à la saisie, entre autres choses, d'un opuscule qui est le texte fondateur du GICM. Ses auteurs y prônent le renversement du royaume chérifien, alors sous Hassan II, jugé apostat et tyrannique, l'instauration du califat au Maroc et dans tout le monde musulman, la constitution de "brigades internationalistes islamistes", le combat contre les juifs...

A l'instar d'autres groupuscules islamistes qui éclosent alors, le Groupe islamique combattant marocain s'appuie en grande partie sur les "Afghans", ces combattants qui ont bouté les troupes soviétiques hors d'Afghanistan. Cette filiation rapproche naturellement le GICM de la mouvance d'al Qaeda dont l'activisme prend une nouvelle dimension avec les attentats de New York et de Washington en 2001, année au cours de laquelle le groupe marocain serait passé sous la coupole de l'organisation d'Oussama Ben Laden. Dans la foulée des mesures répressives prises contre ces groupes, le GICM est inscrit en 2002 sur la liste noire des organisations terroristes établies par l'Onu.

Cette pression n'empêche pas ses membres de continuer à répandre leur idéologie de haine. C'est ainsi qu'on leur attribue les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca (45 morts) et, à tout le moins, une participation aux attentats de Madrid, le 11 mars 2004 (191 morts).

Les craintes nourries à l'encontre du Groupe islamique combattant marocain grandissent donc au cours des années 2000, en même temps que la surveillance et la connaissance de ses ramifications en Belgique. Un coup de filet opéré à Bruxelles et à Maaseik, dans le Limbourg, aboutit en 2005 à la tenue d'un procès devant le tribunal correctionnel de la capitale contre 13 prévenus soupçonnés d'appartenance au groupe terroriste. Il se clôture, l'année suivante, par la condamnation de 9 d'entre eux à des peines allant de 3 ans de prison avec sursis à 6 et 7 ans ferme pour trois accusés considérés comme des dirigeants du GICM. Le tribunal a vu dans ce groupe "une cellule terroriste dormante", "auxiliaire obligé des divisions opérationnelles" qui s'était spécialisé dans le soutien à l'exfiltration de terroristes et de jihadistes.

La Belgique, à l'instar d'autres pays européens, peut donc servir à l'occasion de base arrière pour des projets fomentés au Maroc ou au Maghreb. Pas plus tard qu'il y a une dizaine de jours, du reste, deux Belgo-Marocains ont été condamnés en appel à dix ans de prison. Ils avaient été arrêtés en 2005 et auraient "préparé des actes terroristes", dont des attaques des sièges des services de renseignement marocains à Casablanca et à Rabat. Illustration supplémentaire que des connexions terroristes, il y en a, même si elles ne sont le fait que d'une infime minorité de la communauté marocaine en Belgique.


Deux mois d'alerte, déjà C'est le 21 décembre dernier que le Centre de crise et le Premier ministre Guy Verhofstadt annonçaient que le niveau d'alerte antiterroriste, d'ordinaire plutôt ronronnant en Belgique, avait été porté à son maximum, soit 4 sur 4. Certes (et d'ailleurs en l'absence de toute émergence du terrorisme), il avait été revu un peu à la baisse le 3 janvier. Or deux mois après le spectaculaire lancement de l'alerte, dont le bien-fondé reste discuté, on en est au statu quo : 3 sur 4, comme nous le confirmait mercredi encore le Centre de crise. Sans que rien ne soit venu soutenir cette exigence, dans l'intervalle. A ce sujet, la conception gouvernementale - il faut de nouveaux éléments pour redescendre encore le niveau d'alerte - heurte celle de nombre d'observateurs et celle de la Ligue des droits de l'homme, pour lesquels c'est le maintien de l'alerte qui nécessite une justification réactualisée.