Affaire Belliraj : plainte de la Sûreté

La commission sénatoriale du suivi du Comité R (contrôle des services de renseignement) s'est ralliée mercredi à la définition de la mission d'enquête que les ministres de la Justice et de la Défense ont confiée à ce comité quant à "la manière dont les services de renseignement belges auraient suivi des personnes arrêtées en février 2008 au Maroc et qui y seraient soupçonnées de former une organisation terroriste".

R.P.
Affaire Belliraj : plainte de la Sûreté
©AP

La commission sénatoriale du suivi du Comité R (contrôle des services de renseignement) s'est ralliée mercredi à la définition de la mission d'enquête que les ministres de la Justice et de la Défense ont confiée à ce comité quant à "la manière dont les services de renseignement belges auraient suivi des personnes arrêtées en février 2008 au Maroc et qui y seraient soupçonnées de former une organisation terroriste".

Un détail, dans le dossier d'Abdelkader Belliraj, ce supposé terroriste belgo-marocain arrêté le 18 février au Maroc. Car il était déjà question, mardi dans le milieu du renseignement, de plus grave, d'une plainte de la Sûreté de l'Etat concernant l'évocation nette, dans la presse des derniers jours, du statut de son informateur.

Evocation provenant, à l'estime de la Sûreté, d'une "fuite" aussi organisée qu'illégale. Mercredi, après accord du ministre de la Justice, Jo Vandeurzen (CD & V), le dépôt de cette plainte a fait l'objet d'un communiqué.

"Méconnaissance profonde"

Alain Winants, l'administrateur général de la Sûreté, y "déplore les déclarations faites dans les médias". Il y a une part de justification, puisqu'il rappelle que "toutes les informations ont été communiquées aux autorités dans les délais". Mais, par ailleurs, le patron de la Sûreté n'y va pas de main morte.

Il "a pris connaissance de différents articles de presse, d'interventions politiques et de toutes sortes de déclarations qui ont été faites dans le cadre des arrestations au Maroc" .

"Une fois de plus on se doit de constater que la teneur essentielle [...] est de nature à donner une image négative de la Sûreté et laisse paraître une méconnaissance profonde de (ses) tâches spécifiques, missions et compétences".

De plus, "la Sûreté se pose également une série de questions au sujet du timing, de la publicité et de l'émoi qui entourent cette affaire. Le service se demande notamment s'il s'agit d'un pur hasard que la Sûreté fasse l'objet d'une telle attaque au moment où la loi sur les méthodes particulières de recueil de renseignements pour les services de renseignement se trouve à nouveau à l'agenda parlementaire", écrit encore M. Winants.

"Très secrets"

La Sûreté, croit-on comprendre parce que ces méthodes lui permettraient de maintenir son niveau qualitatif face à une police qui en dispose déjà, serait donc torpillée par des policiers qui se voudraient concurrents.

Quant à la plainte, elle est double. Et l'un de ses destinataires désigne à nouveau la police ou un policier comme cible.

En effet, M. Winants, qui regrette la parution de renseignements "hautement classifiés" ("très secrets"), annonce plainte avec constitution de partie civile au parquet de Bruxelles pour violation des lois sur la classification des données secrètes et sur la communication d'informations classifiées ainsi que pour violation du secret professionnel. Mais plainte est aussi déposée au Comité P. Lequel est chargé du contrôle parlementaire sur les services de... police.

Un "Collège" de bavards

En février, lors d'une réunion du Collège du renseignement (police antiterrorisme, représentants de ministres, Ocam, etc.) où la Sûreté avait donné des infos, celles-ci avaient "fuité", des propos tenus à cette occasion étant même cités dans la presse de façon exacte... et orientée.

Ainsi, là où jamais le nom d'un informateur de la Sûreté n'avait transpiré avec certitude, c'est de confirmation presque officielle - mais externe à ce service - qu'il se serait agi pour Belliraj.

A cette aune, Le Collège du renseignement serait donc le dernier endroit au monde où dévoiler un secret. Un comble...