Belliraj : le chef de la Sûreté fort fâché

Alain Winants parle d'"irresponsabilité totale" dans le chef de celui ou ceux qui ont parlé. Manipulation ?La Sûreté ira jusqu'au bout pour empêcher une récidive.

roland planchar
Belliraj : le chef de la Sûreté fort fâché
©AP

entretien

Alain Winants est l'administrateur général de la Sûreté de l'Etat depuis octobre 2006. Que dit-il des récents événements qui l'ont contraint à déposer plainte (LLB 6/3) après la divulgation du statut d'informateur de la Sûreté d'Abdelkader Belliraj, ce Belgo-Marocain arrêté au Maroc ?

Croyez-vous que cette divulgation et différents commentaires négatifs sur la Sûreté résultent d'une manipulation organisée ?

Je crois en tout cas que c'est bien parce qu'on a transgressé les bornes que nous avons déposé plainte ce jeudi chez le juge d'instruction et au Comité P.

Mais manipulation ?

Je ne sais pas si je dois employer ce mot. Mais j'emploie celui de malhonnêteté intellectuelle quand certains reprochent à la Sûreté de ne pas communiquer sur le fait de savoir si telle personne est ou non un informateur, car la loi nous interdit toute communication du genre !

Et je me pose vraiment des questions sur le "timing" de l'affaire. Je vous rappelle qu'on doit bientôt parler au Parlement des "MRD", nos méthodes de recueil des données (NdlR : écoutes, etc.). Alors, est-ce un hasard ? Est-ce innocent ?

Mais qui ferait cela ? Des policiers fédéraux ? Cela a été évoqué...

Je ne veux rien affirmer. Mais je suis magistrat pénal (Ndlr : ex-avocat général à Bruxelles) et on m'a toujours enseigné que quand un fait délictueux est posé, on doit toujours se demander à qui profite le crime. Je n'ai pas de réponse immédiate, mais c'est pour en avoir une que j'ai signé la plainte.

Le fait que le Comité P, qui surveille la police, soit concerné...

...n'exclut rien.

N'est-ce pas la première fois que, dans une telle polémique, on dévoile des données opérationnelles, pourtant sacro-saintes dans les "services" ? Y a-t-il danger ?

A ma connaissance, oui, c'est la première fois. Je ne confirme d'ailleurs pas ces données, mais le cas échéant c'est d'abord très mauvais pour l'image d'un service de renseignement, ce qui rend le travail beaucoup plus difficile. Cela compromet les relations avec les autres services. Mais surtout, c'est choquant à un haut degré - on peut parler d'irresponsabilité totale - car, encore une fois sans rien confirmer et d'une manière générale, divulguer l'identité d'un informateur ou des éléments d'identification, c'est mettre en jeu non seulement la vie privée des gens, mais aussi leur intégrité physique.

La fuite pourrait émaner d'une réunion du Collège du renseignement (LLB 6/3). Y irez-vous encore ?

Je fais un distinguo entre la divulgation en cause et ce qui a lieu au Collège, où on discute entre personnes ayant toutes une habilitation de sécurité d'infos classifiées, dans un lieu classifié. Ma plainte a aussi pour but de souligner qu'ébruiter ces discussions est intolérable.

A supposer que ce qui s'est dit sur M. Belliraj soit vrai, la Sûreté aurait-elle joué son rôle ?

Les informateurs sont toujours évalués en profondeur, mais aucun service de renseignement au monde ne peut être certain de ne pas tomber sur une source qui joue double. Je rappelle cependant que les enquêtes menées n'ont abouti à aucune inculpation, à l'époque.


Baisse du niveau d'alerte L'alerte terroriste du 21 décembre dernier avait poussé le Centre de crise gouvernemental à porter le niveau d'alerte à son maximum, 4 sur 4. En l'absence d'événements et d'éléments neufs, il avait été réduit à 3 sur 4, le 3 janvier. Eh bien, après une évaluation jeudi soir, par l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam), le niveau de vigilance peut être davantage abaissé et passer du niveau 3 au niveau 2. Les mesures seront adaptées dès ce vendredi. Par ailleurs, on a appris jeudi que les six policiers envoyés au Maroc pour le dossier de terrorisme "Belliraj" sont rentrés au bercail avec des renseignements suffisants pour préparer l'envoi d'une commission rogatoire en bonne et due forme. On devrait en savoir davantage ce vendredi sur le sujet. On pourrait aussi apprendre prochainement que le Maroc lui-même enverrait sa commission rogatoire en Belgique, afin d'y quérir (enfin) des renseignements officiels sur les affaires belges pour lesquelles M. Belliraj est soupçonné au Maroc, comme l'assassinat du Dr Wybran et du recteur de la mosquée du Cinquantenaire, en 1989.