Brève

Episode majeur, croit-on, le 25 février 1997. Jean-Marc Houdemont se tue ce jour-là au volant de sa Toyota Starlet. Un décès suspect car, un peu plus tôt, ce cinéaste pédophile avait téléphoné aux enquêteurs namurois en charge du dossier Brichet, pour annoncer une déclaration importante.

Episode majeur, croit-on, le 25 février 1997. Jean-Marc Houdemont se tue ce jour-là au volant de sa Toyota Starlet. Un décès suspect car, un peu plus tôt, ce cinéaste pédophile avait téléphoné aux enquêteurs namurois en charge du dossier Brichet, pour annoncer une déclaration importante.

Suicide ? Il n'arrive en tout cas jamais dans le bureau de ceux qui l'attendent. Et qui se tourneront vers Monique C., la compagne du défunt, pour une belle bavure judiciaire. Sans doute, croyaient-ils, savait-elle quelque chose ? Non, avait-elle répondu. Sans convaincre le juge Coméliau, qui l'inculpait et la faisait arrêter comme supposée complice de l'enlèvement. Alors que rien n'a, depuis, indiqué que Houdemont aurait connu Fourniret.

C'est aussi l'époque où, comme pour attiser leur rage, la justice refuse aux parents d'Elisabeth l'accès au dossier. Le temps du changement n'est pas encore venu...

La discorde enfle

En septembre 1998, de nouvelles perquisitions remettent l'affaire au devant de l'actualité. Des perquisitions quelque peu tardives, car elles visaient une vidéothèque et une maison particulière de Saint-Servais dont l'occupant avait déjà été soupçonné, dans le passé. Tardives et sans résultats.

Un peu de calme, ensuite, jusqu'à janvier 2000, moment où la discorde culmine entre Marie-Noëlle Bouzet et les enquêteurs de ce qui était devenu, au fil du temps et des renforts octroyés dans le fil de l'affaire Dutroux, la "cellule Brichet".

Les huit membres des anciennes PJ et gendarmerie menacent de quitter cette cellule parce que, le 20 décembre précédent au 10e anniversaire de la disparition, la mère d'Elisabeth avait publiquement émis des critiques.

Qui avaient déplu, s'agissant il est vrai parfois d'amalgames tendancieux - un enquêteur ayant, des années plus tôt, fréquenté un café de Bruxelles où on avait déjà vu Michel Nihoul...

Mais tout s'arrangeait peu après à la faveur d'une réunion de concertation - sauf pour l'opinion publique, décidément marquée au fer rouge par le dossier.

La litanie des pistes creuses

Ensuite, la litanie des pistes creuses reprend. On entend un détenu pédophile parlant de Jean-Marc Houdemont. Puis on s'interroge sur l'éventuelle responsabilité d'un autre pédophile, anglais celui-là, qui détient des photos qui auraient pu correspondre à Elisabeth. En vain.

Le juge des débuts, M. Coméliau, décède début 2002, d'une longue maladie, mais son dossier avait déjà été repris par Anne-Catherine Dubé.

Avant-dernier soubresaut de l'enquête en octobre 2002. Le routier hollandais Michel Stockx, pédophile avéré, meurtrier et alors détenu à ce titre aux Pays-Bas, était mort lui aussi accidentellement l'année précédente.

Or il apparaît à ce moment qu'il avait soi-disant fait de son vivant des aveux à un tiers. En tant que kidnappeur d'Elisabeth. Mais là aussi, tout se dégonfle.

Finalement, un lien supposé avec l'affaire Dutroux revient à l'actualité, en juillet 2003. Fourniret était déjà arrêté, mais le lien n'avait pas encore été fait. Jean-Maurice Arnould, l'avocat des parents d'Elisabeth, dépose donc une requête en complément d'enquête pour vérifier si des rappots n'existent pas entre les deux dossiers.

Le pot aux roses

Avisé, l'ancien procureur du Roi de Namur, Cédric Visart de Bocarmé, étend par acquit de conscience, en l'absence d'éléments concrets, le propos au cas Fourniret. Sans savoir déjà combien le juge Bernard Claude, le parquet et les enquêteurs de Dinant allaient lui donner raison un an plus tard.

Et quatorze ans après la disparition d'Elisabeth. Malgré l'apparence des certitudes, aux premiers aveux d'Olivier puis de Fourniret qui tombaient du 22 au 30 juin 2004, les parents d'Elisabeth comme les observateurs restaient incertains. Vraiment, l'affaire était élucidée ?

Oui, démontraient des fouilles menées sur les indications de Fourniret au château du Sautou, dans l'est de la France, à Donchéry. Le corps de la fillette y était retrouvé le 3 juillet avec, à ses flancs, son portefeuille, sa carte d'identité. Les analyses ADN confirmant encore tout, s'il en était besoin, le deuil pouvait enfin commencer.

Mais il allait être aussi cruel que Fourniret l'avait été avec Elisabeth. Les détails venant à la connaissance de ses parents se révélaient insoutenables, inhumains. Elisabeth avait été immédiatement prisonnière, au soir du mercredi fatidique. La sécurité "enfant" des portières de la Renault avait été enclenchée. Elle ne pouvait les rouvrir.

Elle avait supplié Olivier et Fourniret de la ramener chez elle. Ils l'avaient alors "rudoyée et menacée", selon leurs aveux. Quand Fourniret s'était arrêté, hésitant, avant le poste frontière, c'est Olivier qui l'avait relancé. A l'arrivée à Floing, en pleine nuit, Elisabeth était aussitôt attachée au lit. Elle suppliait encore Olivier. Autant parler à un mur.

De force, Fourniret lui faisait boire de l'alcool "dans le but de la posséder". Ce qu'il allait tenter de faire, sans y parvenir. On allait plus tard au château du Sautou, Elisabeth chargée dans le coffre de l'auto. Nouvelle tentative de viol, ratée. Elisabeth était tétanisée. Selon Olivier, elle avait cependant dû "faire plaisir" à Fourniret. On passe sur les détails. "Le voyage se termine, c'est fini", annonçait-il à la fillette. Qui criait en se débattant pendant qu'il tentait de l'étouffer avec un sachet en plastique. Transparent.

Des minutes d'horreur, pour la petite fille. Fourniret, lui, s'inquiétait de l'étanchéité du sachet. Et constatait, comme cela fut rapporté par la pauvre mère d'Elisabeth après la lecture de procès-verbaux, "un mélange de douceur et de cruauté" dans ses propres actes. "Je pouvais voir l'angoisse dans ses yeux", avoue-t-il. "Ce n'est pas facile d'étrangler, il y a les soubresauts du corps".

Puis, avant de l'enterrer dans le parc du château, il avait mis sa dépouille dans un surgélateur. Combien de temps ? Pour Fourniret, la mort des autres est sans intérêt : "Je ne sais pas, elle n'était pas tout à fait prise."