Le procès est suspendu

Le procès de Michel Fourniret et de Monique Olivier a été suspendu lundi après-midi car un des trois membres de la cour d'assises est souffrant. Le procès reprendra mardi à 09h00, a annoncé le président de la cour d'assises, Gilles Latapie.Elisabeth piégée par le tueurFourniret conteste le viol d'Elisabeth

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Le procès est suspendu
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Le procès de Michel Fourniret et de Monique Olivier a été suspendu lundi après-midi car un des trois membres de la cour d'assises est souffrant. Le procès reprendra mardi à 09h00, a annoncé le président de la cour d'assises, Gilles Latapie.

Les parents d'Elisabeth Brichet ont lu lundi des textes devant la cour d'assises des Ardennes. Francis Brichet a déploré avoir été tenu à l'écart après la disparition de sa fille, tandis que Marie-Noëlle Bouzet a dénoncé "l'incurie et l'insouciance" du système judiciaire "qui n'a rien à faire des viols". Michel Fourniret, demandant à nouveau le huis clos, a contesté la tentative de viol d'Elisabeth.

Mme Bouzet a évoqué le souvenir de sa fille par le biais de lettres qu'elle a reçues d'amies de sa fille. Elle a mis en cause la justice. "Le système judiciaire, par son incurie et son insouciance, t'a assassinée", a dit Mme Bouzet. "Ta maman n'a jamais été crédible", a-t-elle dit, stigmatisant "quinze années d'erreurs", "de victimes bafouées par un système judiciaire qui n'en a rien à faire des viols, hormis en temps de guerre, en tant que crime contre l'humanité". Très émue, ne pouvant retenir quelques larmes, Marie-Noëlle Bouzet a rendu hommage à sa fille "lumineuse et aimante", "spontanée et directe", "qui voulait être juge".

Pour Mme Bouzet, les sanctions prévues pour des criminels comme Michel Fourniret sont peu appropriées. On pourrait imaginer des peines cumulatives quand il y a de nombreux meurtres, a avancé Mme Bouzet. Dans les faits, "cela ne changerait pas grand chose car il y a des peines incompressibles mais psychologiquement si", a dit Mme Bouzet.

Francis Brichet a lu un texte, commençant par un "Je suis le papa d'Elisabeth". "Cette enfant, je l'ai cherchée pendant 15 ans", a-t-il poursuivi. Il a comparé Michel Fourniret au Minotaure qui se faisait offrir de jeunes vierges. "Quand on apprend qu'une mère préparait les victimes pour le festin, cela devient abominable", a-t-il dit, dans une référence, sans la citer, à Monique Olivier. Il a mis en avant les "années de plomb" qu'il a vécues, "avec ses doutes et ses cauchemars". "Qui dira la tristesse du père d'un enfant souvent oublié", "tenu à l'écart, qu'on n'informe pas, à qui on ne donne pas voix au chapitre", a-t-il ajouté.

"Fourniret, vous avez enlevé la vie à Elisabeth mais son souvenir est présent en moi", a dit M. Brichet. "Sachez qu'un prédateur d'enfant ne mérite aucune clémence", a-t-il conclu. Thomas Brichet, frère d'Elisabeth, a été plus bref. "Elisabeth, on est là pour toi. Je suis là pour toi et on attend que tes assassins, au pluriel, soient punis", a-t-il dit.

Interrogé, Michel Fourniret a contesté la tentative de viol d'Elisabeth Brichet. Il a seulement reconnu l'enlèvement et le meurtre de la jeune Namuroise, disparue le 20 décembre 1989 à Saint-Servais alors qu'elle avait 12 ans. Monique Olivier n'a reconnu que l'enlèvement. La disparition d'Elisabeth ne sera élucidée qu'en juin 2004 lorsque Monique Olivier, suivie deux jours plus tard par son mari, passera aux aveux. L'instruction a révélé qu'ils ont attendu Elisabeth Brichet devant le domicile d'une amie. Ils l'ont chargée dans leur voiture, prétextant la recherche d'un médecin pour soigner leur fils Sélim, âgé de 15 mois. Emmenée à Floing, et ensuite au château du Sautou, Elisabeth sera étranglée après des tentatives de viol.

Michel Fourniret n'a pas voulu collaborer. "Ma position n'a pas varié. J'attendrai que les conditions soient réunies dans le cadre d'un huis clos pour répondre à vos questions", a-t-il dit. Monique Olivier n'a reconnu que l'enlèvement. "Je ne reconnais pas les autres faits. Je n'ai pas violé, ni donné la mort", a dit l'accusée. Relancé par l'avocat de Francis Brichet, Michel Fourniret a maintenu qu'il ne pouvait pas parler si le huis clos n'était pas prononcé. "C'est votre seule chance de montrer que vous êtes un homme", a dit Me Paul Lombard.

L'avocat a rappelé les déclarations de l'accusé qui, en cours d'enquête, avait évoqué "la silhouette de danseuse classique" d'Elisabeth qu'il a "transformée en loque humaine". "Je savais que j'allais me heurter à un mur qui a peut-être été fissuré ce matin", a dit, à l'issue de l'audience Me Lombard. "Michel Fourniret est resté sur ses positions. Personnellement , je regrette que l'on instaure pas une heure ou deux de huis clos. On ne risque pas grand chose", a commenté Me Pierre Blocquaux, avocat de Michel Fourniret.