La quête désespérée de Me Paul Lombard

Les cheveux sont toujours aussi longs, mais ils ont viré au gris; la main tremble un peu, mais pas la voix, toujours aussi ferme, ni le ton, toujours aussi clair. Me Lombard est considéré comme l'un des dix plus grands avocats français de ces 50 dernières années. Il était présent, lundi, aux côtés de son client, Francis Brichet, le père d'Elisabeth.

J.-C.M.

Les cheveux sont toujours aussi longs, mais ils ont viré au gris; la main tremble un peu, mais pas la voix, toujours aussi ferme, ni le ton, toujours aussi clair. Me Lombard est considéré comme l'un des dix plus grands avocats français de ces 50 dernières années. Il était présent, lundi, aux côtés de son client, Francis Brichet, le père d'Elisabeth.

Et il a tenté, à son tour, dans son style, de briser la carapace de Michel Fourniret, qui n'a pas cédé. Mais le ténor croit avoir provoqué une lézarde dans la muraille de silence qu'oppose l'accusé à tous ceux qui lui demandent de parler.

De ballerine en loque humaine

Me Lombard l'a fait, en tentant de persuader Fourniret qu'il ne lui vouait aucune haine, en lui parlant "en toute sincérité" , mais en lui faisant comprendre qu'il s'agissait de "sa dernière chance d'agir en homme" et en lui rappelant que, dans toute sa carrière d'avocat, il n'avait rencontré qu'un seul être humain qui pouvait être comparé à Fourniret mais que cet homme, lui, "avait réussi sa sortie".

L'avocat a demandé à Fourniret s'il était capable de dresser un portrait d'Elisabeth. "Votre question me gêne" , lui a répondu Fourniret. "Je ne vous l'avais pas posée pour cela , a rétorqué Me Lombard, mais pour que vous contribuiez à la manifestation de la vérité et que vous démontriez que vous êtes capable d'humanité." "J'avais compris le sens de votre question et c'est pour cela qu'elle m'embarrasse" , a lancé l'accusé, qui a ajouté qu'il pourrait dresser le portrait d'Elisabeth sans problème mais que, ne voulant pas faire les choses à moitié ( "vous l'avez prouvé" , a relevé M e Lombard), il sollicitait toujours d'autres conditions que le procès public.

Me Lombard a alors annoncé qu'il allait "aider Fourniret" et a rappelé des déclarations de l'accusé qui, en cours d'enquête, avait évoqué "la silhouette de danseuse classique" d'Elisabeth. "Une ballerine que vous avez transformée en loque humaine, c'est vous qui l'avez dit" , a scandé Me Lombard avant d'appeler Fourniret à sortir de son silence et à faire ce geste "qu'il doit à la famille d'Elisabeth". "Si vous posez ce geste, à défaut de la justice des hommes, la justice de Dieu vous reconnaîtra" , a ajouté en substance le conseil de M. Brichet, demandant à Fourniret de faire preuve d'humanité ne fût-ce que "de façon minuscule, homéopathique" . Mais Fourniret est resté sur ses positions.

Deux heures de huis clos ?

Pour autant, Me Lombard continue à espérer que ce procès soit celui "de la transparence et de la clarté" , pas celui "de l'horreur et de l'épouvante" . Celui qui dit n'être l'ennemi de personne mais "être au service du souvenir" affirme que le fait que Fourniret parle ou non n'a pas d'importance, sur un strict plan objectif, mais il ne désespère pas que l'accusé fasse droit à la légitime attente des familles et témoigne à la cour, à l'opinion et aux victimes un minimum de respect.

De son côté, Me Pierre Blocquaux, l'un des défenseurs de Fourniret, a eu ce commentaire : "Michel Fourniret est resté sur ses positions. Personnellement, je regrette que l'on n'instaure pas une heure ou deux de huis clos. On ne risque pas grand-chose."