Le chagrin d'une famille

Le père, la mère et le frère d'Elisabeth Brichet ont évoqué la figure lumineuse de la victime de Fourniret et Olivier.Ils l'ont fait chacun à sa manière mais leur désespoir est finalement le même. Le procès a été suspendu. Les larmes de l'amie d'enfanceEcoutez Jean-Claude Matgen, envoyé spécial à Charleville Mézières

jean-claude matgen et roland planchar
Le chagrin d'une famille
©BELGA

audience

envoyés spéciaux à charleville

Le procès de Michel Fourniret et Monique Olivier devant les assises des Ardennes s'est brusquement interrompu lundi, en fin de matinée, en raison de l'indisposition d'un assesseur (voir page suivante). C'est le premier accroc sérieux dans le calendrier des audiences, jusqu'ici parfaitement respecté.

Avant que le procès connaisse cet avatar, les parents d'Elisabeth Brichet, à l'enlèvement, au viol et au meurtre de laquelle deux journées sont consacrées, ont chacun lu un texte au style très différent.

Marie-Noëlle Bouzet a, comme son ex-mari, évoqué la figure de sa fille, spontanée, directe, lumineuse, aimante, douée pour le bonheur et qui en offrait aux autres, les faisait rire, les aidait. "Ce sont tes qualités qui t'ont valu les souffrances et la mort", a scandé Mme Bouzet, dont la voix s'habillait parfois de sanglots. Rappelant que sa fille aurait voulu devenir juge alors qu'elle la voyait plutôt infirmière, elle y est également allée d'une charge musclée contre le système judiciaire, dont elle a stigmatisé "l'incurie et l'insouciance".

S'adressant à Elisabeth par-delà le tribunal, elle a lancé : "Tes souffrances ne sont pas des abstractions, elles ne se résument pas à des rapports de biologie animale", avant d'accuser le système judiciaire de bafouer les victimes et de "n'avoir rien à faire" des viols et des meurtres, sauf en temps de guerre, lorsqu'il s'agit de les traiter en crimes contre l'humanité.

Mme Bouzet s'est aussi plainte de "n'avoir jamais été crédible" aux yeux de ceux qui avaient pour mission de défendre Elisabeth, de la chercher et de la trouver. Les acteurs de la justice, regrette-t-elle, ne veulent et ne voudront pas reconnaître "leurs erreurs et leurs errements", qui "ont traumatisé ton frère et nous ont détruits". Mme Bouzet a également cité le contenu, très poignant, de lettres écrites, parfois de nombreuses années après les faits, par des camarades d'Elisabeth. Elles parlent de "blessures non cicatrisées", de la douleur de l'absence et de tristesse infinie. L'intervention de la mère d'Elisabeth s'est arrêtée quand elle s'est aperçue qu'elle avait oublié une partie de ses notes à l'hôtel. Il était prévu qu'elle y revienne dans l'après-midi mais l'interruption du procès en a décidé autrement.

A l'invitation du président Latapie, Mme Bouzet s'est cependant encore exprimée quelques minutes pour dire ses craintes de voir des personnalités comme Fourniret faire des émules en prison et continuer à se nourrir de leurs viols et de leurs meurtres. "On ne peut construire une société solide peuplée de victimes désespérées ayant perdu leur dignité et passant leur vie à la récupérer", a-t-elle déclaré, avant d'estimer que les sanctions prévues pour des criminels comme Fourniret sont inappropriées.

Prévert et le Minotaure

Et d'imaginer des peines cumulatives en cas de meurtres multiples. "Dans les faits, cela ne changerait pas grand-chose mais psychologiquement, si", a conclu Mme Bouzet, pour qui les victimes ne veulent ni le pouvoir, ni la vengeance mais bien que leur exemple serve à quelque chose et incite la justice à se réformer.

Avant elle, le père d'Elisabeth, Francis Brichet, a lu un texte empreint d'une poésie désespérée où, en peintre qu'il est, il a évoqué Prévert et son poème "Pour faire le portrait d'un oiseau". Les couleurs que ce poème convoque parlent d'Elisabeth, qui distribuait joie et lumière autour d'elle, a-t-il notamment observé. Avec le pinceau de Prévert, M. Brichet aurait dessiné des barreaux derrière lesquels il voudrait voir Fourniret enfermé, dans un total anonymat, jusqu'à la fin de sa vie.

M. Brichet a décrit le château du Sautou non comme un château de conte de fées mais comme l'antre du Minotaure, monstre mythique auquel étaient offertes de jeunes vierges, ajoutant : "Quand on apprend qu'une mère préparait les victimes pour le festin, cela devient abominable". Allusion, à peine voilée, à Monique Olivier.

Egalement appelé à la barre, son fils, Thomas, 33 ans aujourd'hui, a été beaucoup plus laconique. Mais sa façon de rappeler qu'il était le grand frère d'Elisabeth et qu'il en était très proche a fait forte impression. "Elisabeth" , a-t-il dit, "nous sommes là pour toi, nous attendons que tes assassins, au pluriel, soient punis ." Rideau.

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