Les larmes de l'amie d'enfance

Vanessa Geluck, 29 ans aujourd'hui, s'avance, tout de noir vêtue, pâle, menue, timide. Elle s'installe à la barre, hésitante, impressionnée d'être face à Fourniret et devant la cour.

J.-C.M.

Vanessa Geluck, 29 ans aujourd'hui, s'avance, tout de noir vêtue, pâle, menue, timide. Elle s'installe à la barre, hésitante, impressionnée d'être face à Fourniret et devant la cour.

C'est chez elle qu'Elisabeth Brichet a passé l'après-midi du mercredi 20 décembre 1989, à jouer et s'amuser comme peuvent le faire deux fillettes de 12 ans, de chez elle que la victime de Fourniret est partie, peu avant 19 heures, pour rejoindre son domicile, qu'elle n'atteindra jamais car elle croisera en chemin l'homme qui se trouve aujourd'hui dans le box des accusés.

Le président donne aimablement la parole à la jeune femme. Elle nous confiera, après son témoignage, qu'elle ne s'y attendait pas, qu'elle croyait qu'on allait lui poser des questions et la prier d'y répondre. "Je me suis sentie comme en face du vide."

A cette place de témoin, en ce moment si attendu et si craint à la fois, les pleurs sont venus en avalanche, enlevant le rimmel sombre. Ils sont venus en même temps que les souvenirs de ce mercredi commencé comme une fête et qui s'est achevé par une tragédie, dont Vanessa ne s'est jamais remise.

"Toutes ces années à se demander ce qui s'était passé, cette tristesse d'avoir perdu une copine, agréable, souriante, cette ignorance qui empêche d'avancer dans la vie", commente Vanessa.

La jeune femme n'a pas oublié la pression que les enquêteurs ont, des semaines durant, fait peser sur ses parents et sur elle-même, les maintenant au rang de suspects possibles. Pas oublié la ronde des médias assiégeant son domicile. Pas oublié la méchanceté de certains qui la rendaient responsable de la disparition de son amie. Pas oublié les ragots imbéciles. "Je ne vis pas tous les jours avec ce poids sur les épaules mais un tel drame, ça change la façon de vivre, la vision du monde et des êtres humains..."

Vanessa continue à trouver aberrant qu'on ait pu perdre la trace judiciaire de Fourniret et qu'on ait mis autant d'années à l'alpaguer. Elle ne comprend pas son silence "car il ne gagne rien à rester dans sa bulle et il est très important pour les familles des victimes de savoir".

Elle ne sait pas encore comment elle suivra la suite d'un procès à propos duquel elle n'a rien voulu savoir depuis le premier jour. Mais, lundi, surmontant in fine son émotion, elle a pu faire le récit de la journée fatidique, de sa rencontre avec Elisabeth dans le bus qui les ramenaient de l'école, de cette conversation au terme de laquelle les deux amies sont convenues qu'Elisabeth viendrait, pour la première et la dernière fois, jouer chez Vanessa, de sa visite, de la partie de rigolade qui a suivi, blagues téléphoniques à la clé ("on appelait des numéros au hasard", avoue-t-elle en rougissant), de l'achat d'un pain à la boulangerie du quartier à la demande de la mère de Vanessa, qui rentrait de chez le médecin, et puis du départ d'Elisabeth vers son terrible destin.

Un témoignage simple qui dit deux choses : que Fourniret a vraiment saccagé l'enfance, car Elisabeth et Vanessa étaient des enfants, dans toute leur insouciance; et que le temps n'efface rien de la douleur et du chagrin chez ceux qui sont capables d'en éprouver.