Fourniret se tait, les vidéos parlent

Des extraits édifiants d'auditions vidéo-filmées des accusés ont été diffusés. Ils montrent un Fourniret d'une froideur insupportable et une Olivier dissimulatrice. Les parents de Joanna Parrish présents au procèsEcoutez Jean-Claude Matgen, envoyé spécial à Charleville Mézières

AUDIENCE JEAN-CLAUDE MATGEN ET ROLAND PLANCHAR ENVOYÉS SPÉCIAUX À CHARLEVILLE
Fourniret se tait, les vidéos parlent
©BELGA

A l'audience, Michel Fourniret, jugé, aux côtés de Monique Olivier, pour une série de crimes odieux, devant les assises des Ardennes, continue à se taire. Et il a répété, mardi, que sans huis clos, sans "tête à tête" avec les parties civiles, qu'il dit "respecter" (ce qui a fait gronder le public), il ne pourrait parler.

Rien n'y a fait, pas même les relances de Me Paul Lombard (Francis Brichet). Il évoque les responsabilités de Fourniret à l'égard de ses enfants ? Il ne dit mot. "Je ne vous ai pas tendu la main car la vôtre dégouline de sang. Je n'ai plus de question. Je ne vous parlerai plus jamais", lui dit par après l'avocat.

Mais l'accusé a parlé par le passé, lors d'auditions organisées par les enquêteurs. Certaines ont été filmées et des extraits (choisis sous la responsabilité du président) ont été montrés. Ils valent tous les réquisitoires, toutes les plaidoiries.

Les auditions tournent autour du rapt, de la séquestration, des deux tentatives de viol (Fourniret conteste) et de la mort d'Elisabeth Brichet. Elles montrent un Fourniret hâbleur, bavard, s'expliquant dans cette langue ampoulée qu'il affectionne tant.

L'extrait au cours duquel il explique pourquoi il a été "obligé" de tuer Elisabeth, en l'étouffant puis en l'étranglant, est insoutenable. "Ça va très vite. Il n'y a pas de détermination à partir du moment où la résistance se manifeste. Je dois contrer cette résistance, la faire taire", dit Fourniret, comme s'il expliquait la réparation d'un chauffe-eau. Elisabeth lui demande d'arrêter. "Le sac est là et l'enchaînement se fait de lui-même. [...] Sac égale asphyxie", poursuit Fourniret sur un ton glacial.

"Pour quelle raison avez-vous fait cela ?", lui demande l'inspecteur André Carpentier, de la police judiciaire fédérale de Namur. Fourniret incline la tête, la relève, se mure dans un interminable silence puis... : "Elle exprime sa désapprobation, sa distance. La raison ne fait pas partie de ces événements-là. C'est une situation à laquelle je dois mettre fin. Cela devient un combat. Vous êtes un combattant. La mission d'un combattant est de prendre le dessus. Pas de se rendre, mais de vaincre le partenaire. Il y a son regard, vos mains qui se serrent... Je ne me sens pas capable d'expliquer davantage. Par rapport à l'ensemble, l'issue, c'est infinitésimal". Sic.

En technicien

Celui qui annonce qu'il ne demandera pas pardon au procès, "car la seule personne qui aurait pu me l'accorder n'est plus là", est dans le même registre tout au long de ces extraits, issus de 4h40 d'auditions. Il pleurera deux fois. Non la mort de ses victimes, mais celle de sa soeur. Puis en parlant de la Vierge Marie dans un délire mystique auquel on ne comprend mot. La plupart du temps, il se tient les bras croisés, les jambes allongées, dans une position décontractée.

L'enfouissement d'Elisabeth, dans le parc du château du Sautou ? "Je me retrouve seul par rapport au technicien que je suis. C'est le côté rationnel de l'individu qui s'exprime". Fourniret parle aussi d'Olivier, qu'il décrit comme une personne dominée. "Je lui ai fait comprendre que si elle prenait une initiative, sa vie et celle de Selim étaient en danger".

Il explique longuement les circonstances du rapt d'Elisabeth, dont il affirme qu'il n'était pas prémédité. "Un quart d'heure de plus et j'aurais pu lever le camp", observe-t-il cyniquement.

Revêche

Il existe 4h38 d'auditions vidéo-filmées de Monique Olivier. De l'aveu de l'inspecteur Carpentier, elles furent pénibles car ponctuées de silences interminables et d'aveux au compte-gouttes. Olivier, volontiers revêche, mettra beaucoup de temps, par exemple, à admettre sa présence et celle de son fils dans la voiture.

Les extraits la montrent nerveuse, mangée de tics, le regard fuyant, s'exprimant de façon saccadée. Elle concède que, en "complice forcée", elle a aidé Fourniret à "faire cette horrible chose" et dit regretter de ne pas avoir eu le courage de l'en empêcher. Mais on apprend par Fourniret que c'est elle qui l'a incité à franchir la frontière pour rejoindre Floing, où mourra Elisabeth, alors que lui hésitait.

Le procès a peut-être changé d'âme, mardi.


L'Etat français poursuivi? Marie-Noëlle Bouzet, la mère d'Elisabeth Brichet, a estimé, mardi, que la police belge aurait dû fermer les frontières après la disparition de sa fille, ce qui aurait peut-être permis d'arrêter ses ravisseurs. S'agissant de l'Etat français, elle envisage d'engager des poursuites contre lui après le procès, a expliqué son conseil, Me Arnould, pour n'avoir pas traité Fourniret comme il l'aurait dû. Hors audience, elle a exprimé son soulagement d'avoir pu interpeller Fourniret et Olivier, qui la laissent indifférente. "Mais il fallait que je leur fasse comprendre que ce qu'ils ont fait est inadmissible", a-t-elle ajouté. "Je ne sais pas l'effet que cela a eu sur eux. Mais, pour moi, c'était important". Elle n'est pas surprise de l'absence de réaction de l'accusé : "C'est un manipulateur, ce qu'il dit n'a aucun intérêt". A l'audience, après avoir loué le courage de sa "petite puce", elle a traité les accusés de "monstres humains" et qualifié Fourniret d' "impitoyable bouffon", d'"imbécile malfaisant", et de "pitoyable nombriliste". "Montrez-moi vos mains", lui a-t-elle lancé, "ces mains qui ont écrasé le cou de ma fille". Elle s'est demandé comment il osait prétendre n'avoir pas usé de violences alors qu'il avait attaché sa victime à un lit, "ce qui s'appelle de la torture". Mais sa colère s'est aussi tournée vers Olivier, une maman qui n'a pas hésité à "offrir" Elisabeth à son mari. Elle s'est offusquée qu'elle se soit servi de son fils comme appât. Et croit, enfin, que Fourniret a effectué des repérages.

Sur le même sujet