Les francophones sauveront-ils Leterme?

Ce samedi, Yves Leterme rencontrera les présidents de trois partis francophones de la majorité avec pour objectif de faire diminuer le voltage de la ligne à haute tension BHV. Yves Leterme, qui "a pris acte" de la décision des quatre partis francophones de ne pas activer de nouvelle procédure en "conflit d'intérêt", aimerait les faire revenir sur cette décision. Réagissez sur notre forum

Les francophones sauveront-ils Leterme?
©BELGA
M.Bu.

Question : "M. Leterme, comprenez-vous l'inquiétude des francophones alors que des députés de votre parti veulent voter la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde "en force" dès la semaine prochaine ?"

- Réponse : "Je prends acte."

- Question : "Pouvez-vous les rassurer ?"

- Réponse : "Je prends des contacts. Mais le Parlement est souverain pour fixer son ordre du jour. Je vous rappelle l'indépendance des pouvoirs exécutif et législatif."

Cela se passait vendredi matin, à l'issue du Conseil des ministres. Ce samedi, Yves Leterme rencontrera les présidents de trois partis francophones de la majorité (MR, PS, CDH) avec pour objectif de faire diminuer le voltage de la ligne à haute tension BHV. Yves Leterme, qui "a pris acte" de la décision des quatre partis francophones (ajoutez Ecolo aux trois précités) de ne pas activer de nouvelle procédure en "conflit d'intérêt", aimerait les faire revenir sur cette décision. Rappel, déclencher une procédure de "conflit d'intérêt" permet de paralyser le parcours législatif de la proposition de loi flamande de scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde. La décision de porter la proposition de scission à l'ordre du jour de la Chambre sera prise mardi prochain. Et le vote "Flamands contre francophones" aurait théoriquement lieu, dans la foulée, lors de la séance plénière du 8 mai. Ce qui ferait (probablement) tomber le gouvernement Leterme Ier.

"Retenez-moi !"

D'ici mardi, les francophones ne devraient pas bouger d'un iota. Ce qui amuse les libéraux flamands : "Mais que croyait-il, Leterme ?, Que les francophones allaient éternellement le dépanner pour ses "cinq minutes de courage politique" ? C'est très naïf." Au sein de quatre formations politiques francophones la rengaine est (presque) la même. "C'est un peu "retenez-moi où je fais un malheur !" ce que sont occupés de faire les partis flamands , a souligné Didier Reynders (MR) interrogé vendredi matin par un auditeur de "La Première". "Ça n'a pas beaucoup de sens de dire qu'on va vous mettre une gifle, de vous prévenir, et de vous demander de vous protéger..."

Du côté d'Elio Di Rupo, on dit : "Nous ne déclencherons pas de procédure en conflit d'intérêt. Nous aviserons mardi si la scission est effectivement mise à l'ordre du jour du Parlement. On est dans une logique de solution négociée et pas dans une logique de conflit." Au CDH, Joëlle Milquet (lire l'interview en pp. 6-7) dit attendre "un geste" de la part des Flamands : "Mais si les intérêts des francophones sont menacés , souligne-t-elle, il faudra bien déclencher une procédure de conflit d'intérêt." Quant à Ecolo : "Il est hors de question que nous mettions un genou à terre, s'enflamme un responsable du parti. Non, non et non ! Si le CD&V veut faire tomber Leterme, c'est son problème. Mais nous ne participerons pas à une procédure de conflit d'intérêt. Un peu de dignité, SVP !"...

La charnière CD&V/N-VA

Du reste, il apparaît peu probable que le président de la Chambre, Herman Van Rompuy (CD&V), se prête à des manoeuvres de retardement de la mise à l'ordre du jour de la scission. Elu de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde (à Rhode-Saint-Genèse), le président de la Chambre n'a, dit-on au sein du cartel CD&V/N-VA, que peu (ou pas) l'intention d'aider le Premier ministre. La mauvaise relation qu'entretiennent Leterme et Van Rompuy est de notoriété publique : "Quel intérêt aurait-il à se voir pointer du doigt et assimilé à un grand défenseur des francophones ?" , s'interroge-t-on dans la famille politique d'Yves Leterme.

Ainsi le Premier ministre aurait-il sous-estimé l'importance de la défunte charnière N-VA/CD&V incarnée par Bart De Wever et Jo Vandeurzen. Ces deux-là s'entendaient comme larrons en foire - ce qui permit, à plusieurs reprises, au CD&V de "tempérer" l'ardeur communautaire de la N-VA. Aujourd'hui, Bart De Wever est un électron libre, pas ou très peu consulté par Yves Leterme. Ah si !, une consultation intracartel est programmée ce lundi. Pour rire ? C'est que, dès jeudi passé, Bart De Wever a annoncé que les députés N-VA voteraient la scission de BHV si les francophones n'activaient pas une procédure en conflit d'intérêt.

Chaud (show) devant.


"Chantage francophone!"Le député SP.A (socialistes flamands) Hans Bonte est d'avis que la Chambre doit se prononcer le 8 mai sur la proposition de loi de scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Il a stigmatisé vendredi ce qu'il appelle "l'opération de chantage des partis francophones". Pour Hans Bonte, le vote devrait se faire au plus tard le 8 mai pour éviter que le gouvernement soit paralysé trop longtemps. Il appelle aussi les bourgmestres de Hal-Vilvorde à "s'opposer de façon active au chantage des francophones". "Accepter les exigences des francophones, c'est accepter de bétonner et étendre le problème des actions politiques des francophones dans la périphérie bruxelloise et même partout en Flandre", dit le député qui est aussi échevin et président du CPAS de Vilvorde. Le parti de M. Bonte, le SP.A, a pourtant participé aux négociations de l'Octopus et est dès lors partisan d'un "solution négociée" pour BHV comme le stipule l'exposé des motifs de la proposition de loi sur le premier paquet de réforme de l'Etat. (Belga) Le projet de Leterme pour la suite de la réformeLe Premier ministre Yves Leterme a présenté, dans un entretien accordé samedi au quotidien De Morgen, une ébauche de ce qui constituera le second paquet de réformes institutionnelles, dont un accord est attendu pour le 15 juillet. Quatre thèmes se trouvent sur la table: le marché de l'emploi, les soins de santé, la fiscalité et la justice. Le Premier ministre appelle tout le monde, y compris la NV-A, à mettre de l'eau dans son vin. "Nous sommes en train de définir les thèmes et nous essayons de déterminer les procédures", a confié Yves Leterme (CD&V). Le Premier ministre a dressé une liste reprenant les quatre thèmes: le marché de l'emploi, les soins de santé, la fiscalité et la justice. Dans un cinquième paquet, il entend regrouper les sujets "plus ponctuels", mais pas pour autant moins sensibles, telles que les compétences concernant la Mer du Nord. Yves Leterme ne veut pas parler d'"exclusives" et exhorte ses partenaires à en faire autant. Il n'exclut dès lors pas de refédéraliser certaines compétences, bien que cela sera difficile pour la NV-A.