Le faux péché de chaire de Termonde

Après l'affaire des caricatures danoises, les propos plus mal interprétés que provocateurs du pape Benoît XVI sur l'islam bellifère, à l'université de Ratisbonne, et le film du député néerlandais Geert Wilders, doit-on parler de "l'insolent mépris" à l'égard du prophète écrasé et méprisé par un trio d'anges sur la chaire de vérité de l'église Notre-Dame de Termonde ?

Le faux péché de chaire de Termonde
©BELGA
Christian Laporte

Après l'affaire des caricatures danoises, les propos plus mal interprétés que provocateurs du pape Benoît XVI sur l'islam bellifère, à l'université de Ratisbonne, et le film du député néerlandais Geert Wilders, doit-on parler de "l'insolent mépris" à l'égard du prophète écrasé et méprisé par un trio d'anges sur la chaire de vérité de l'église Notre-Dame de Termonde ?

Serions-nous en route vers une nouvelle confrontation islamo-occidentale avec son cortège d'excès réciproques ? L'idée a certainement traversé les brillants esprits qui gèrent le site du "Brussels Journal", site qui dit incarner la pensée néo-conservatrice mais émane d'un militant de la nouvelle droite très proche du Vlaams Belang. Il s'appelle Paul Beliën et est marié à Alexandra Colen, députée néo-fasciste d'Anvers.

L'homme a cru faire oeuvre pie en accueillant un texte expliquant qu'au pied de la chaire de vérité signée Matthias van Beveren et datant de 1685, on représentait ni plus ni moins le prophète Mahomet. Restait à attendre une réaction extrémiste, de préférence islamique... Elle est venue du quotidien turc "Yeniçag", qui tire à 50.000 exemplaires et est présenté comme raciste et nationaliste. Sa "une" a envahi les colonnes des journaux flamands au début du week-end. Sous le titre un brin provocateur de "Stoppez cette cochonnerie !", le journal réclame l'éloignement de la chaire de vérité qui blesserait les croyants musulmans.

Aimé Stroobants, conservateur de l'église Notre-Dame, s'est efforcé de démilitariser la grenade : "A y regarder de plus près, ce n'est certainement pas Mahomet car les vêtements de l'homme subissant les assauts des anges sont plus persans qu'arabes. Et puis, il faut se replacer dans le contexte de l'époque : c'était au moment du siège de Vienne par les Ottomans. A l'époque, on était vraiment sur le fil du rasoir car l'on redoutait une invasion de l'Europe qui eût mis à mal nos régions christianisées mais l'auteur de l'oeuvre a surtout voulu représenter ce que l'on appelait alors les incroyants à l'aune de la vision catholique..."

Luther ou Calvin

Le bourgmestre, Piet Buyse (CD & V), s'est aussi efforcé d'apaiser les esprits : "Ce n'est pas la première fois que la chaire de vérité apparaît sur des sites visant à susciter des réactions négatives des musulmans". Et d'ajouter que l'homme écrasé par les anges aurait aussi bien pu représenter Luther ou Calvin voire un dragon ou un serpent.

Le "Standaard" a, lui, constaté, non sans surprise, que l'info avait été postée par le Pr Matthias Storme, juriste de la KUL qui a été une figure de proue de la Nieuw-Vlaamse Alliantie. Interpellé, Storme a adopté un profil bas sans cependant aller fondamentalement à contre-courant de ce qui est paru sur le site du "Brussels Journal".