Donner du temps au temps

Les esprits, évidemment, sont encore chauds. La surprise a été grande. Hier, à 20h00, la plupart des acteurs étaient convaincus que l'affaire était dans le sac. Leterme Ier allait passer ce fameux cap du 15 juillet 2008.

Les esprits, évidemment, sont encore chauds. La surprise a été grande. Hier, à 20h00, la plupart des acteurs étaient convaincus que l'affaire était dans le sac. Leterme Ier allait passer ce fameux cap du 15 juillet 2008.

C'est avec stupéfaction que les membres du gouvernement apprenaient donc sur le coup de 22h30 qu'il en irait autrement : le Premier ministre faisait chemin vers Laeken pour remettre sa démission entre les mains du Roi. Yves Leterme sacrifiait ainsi les intérêts du pays aux intérêts de son parti et plus particulièrement du cartel qu'il avait enfanté avec la N-VA en 2004.

Passés les premiers moments de stupeur et de tremblements, le jeu politique a repris son cours. Après avoir exprimé les regrets, l'incompréhension, les soutiens de rigueur, chacun s'est appliqué à rejeter sur l'adversaire la responsabilité d'une crise que le pays - ils le disent tous - ne peut se permettre dans les circonstances économiques actuelles.

Grosso modo, pour les Flamands, en tête desquels le CD&V/N-VA, tout cela est la faute des francophones - restés unis sous la houlette de Didier Reynders - qui n'ont que deux obsessions : mettre la réforme de l'Etat au frigo et charcuter la terre flamande pour agrandir Bruxelles.

Côté francophones, on joue un autre air : pour la première fois, disent-ils, la porte était ouverte à une négociation sereine mais le CD&V, aiguillonné par la N-VA, était trop pressé et incapable de sortir de ses oukases électoraux, réclamant tout son programme et rien que son programme pour le 15 juillet.

Tout cela est vrai. Pourquoi, sinon, cette crise larvée aurait-elle duré 13 mois ?

Pas de paroles irréparables cependant : chacun a bien conscience que les mêmes interlocuteurs seront demain autour de la même table pour discuter des mêmes problèmes.

Il convient donc de donner du temps au temps. De laisser les esprits se calmer. D'analyser pourquoi ce tsunami politique s'est produit au moment où on s'y attendait le moins. C'est ce que fait le Roi en réservant sa réponse à propos de la démission apportée par Yves Leterme. Il consulte, largement, les responsables du pays.

Tout est possible demain, y compris le retour d'Yves Leterme.

Seule certitude, la crise doit être la plus courte possible. Le ciel socio-économique vire à l'orage.