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Les Flamands et les Wallons vont-ils enfin divorcer ? Au lendemain de ce nouvel épisode du feuilleton tragi-comique que traverse notre pays depuis maintenant treize mois, la question se posait dans nombre de médias étrangers. De CNN à Euronews en passant par le très sérieux "New York Times" qui dès ce matin, y consacrait un article sur son site internet.

Les Flamands et les Wallons vont-ils enfin divorcer ? Au lendemain de ce nouvel épisode du feuilleton tragi-comique que traverse notre pays depuis maintenant treize mois, la question se posait dans nombre de médias étrangers. De CNN à Euronews en passant par le très sérieux "New York Times" qui dès ce matin, y consacrait un article sur son site internet.

Simple sursaut communautaire ou véritable aggravation de la crise ? Une chose est certaine, la Belgique, longtemps méconnue voire totalement absente de l'actualité internationale, fait désormais l'objet d'une attention toute particulière, à l'image des craintes qu'une si longue crise à rebondissements suscite chez nos voisins. "L'absence de gouvernement n'est jamais que le symptôme du véritable problème. A savoir, les positions flamandes et francophones qui semblent définitivement inconciliables" explique ainsi l'envoyé spécial de France 2 en direct de Bruxelles. Au même moment, ses confrères de TF1 diffusaient d'ailleurs un sujet sur l'éventualité d'un rattachement de la Wallonie à la France, allant même jusqu'à voir dans la date de démission d'Yves Leterme un signe prémonitoire...

"Si la Belgique devait se dissoudre, ce serait un gros problème pour l'Union européenne, explique Jeroen van der Kris du quotidien néerlandais "NRC Handelsblad". Il y a plusieurs pays qui connaissent des problèmes plus ou moins similaires. Que ferait-on de Bruxelles ? La Flandre indépendante devrait se retirer de l'Union puis faire une demande d'adhésion. Serait-elle toujours autorisés à utiliser l'euro ? Je crois que scinder le pays serait encore plus compliqué que de le maintenir."

Plus de place au compromis

Un point de vue que partage Jean Quatremer, son confrère du quotidien français "Libération", qui dès lundi soir, annonçait sur son blog la nouvelle de la démission d'Yves Leterme. "Tout cela était prévisible" lâche-t-il d'emblée. "Qui aurait pu croire le 20 mars qu'il y aurait un accord sur le communautaire pour le 15 juillet ? Les positions flamandes et francophones sont tellement inconciliables sur le terrain communautaire qu'à ce stade, et d'un point de vue francophone, la seule issue pour eux aurait été de capituler."

Fin observateur de la politique belge, Jean Quatremer considère en effet qu'il n'y a désormais plus aucune place pour le compromis à la belge. "Même s'ils s'en défendent et qu'on remarque une certaine évolution depuis quelques mois, beaucoup de politiques francophones vivent encore dans le mythe de la "Belgique de Papa" explique-t-il. "En Flandre, les politiciens ne parlent plus que de communautaire. Leurs objectifs sont clairs sur ce terrain et il est parfaitement illusoire de croire qu'ils concéderont quoi que ce soit aux francophones. Pour eux, BHV est déjà scindé."

Et si au gré des affaires de Liedekerke, Overijse et autre "Wooncoode" flamand, notre confrère ne s'est jamais privé de dénoncer ce qu'il considère comme des cas violents et nauséabonds de discrimination envers les francophones, Jean Quatremer n'en estime pas moins que cette violence est proportionnelle à l'incapacité chronique des francophones de voir la réalité en face. "Il n'y a plus de Belgique. Il y a désormais deux générations d'hommes politiques élevés chacun de leur côté de la frontière linguistique. Ils ne se rencontrent plus et n'ont de comptes à rendre qu'à leur électorat. La seule issue pour les francophones est de comprendre que le confédéralisme est désormais inéluctable."

Et d'ajouter qu'une telle perspective ne devrait pas effrayer les francophones, citant l'exemple de la Slovaquie. Autrefois région plus pauvre de la Tchécoslovaquie, elle est aujourd'hui un exemple de développement. "Les francophones sont encore maîtres de l'agenda, à eux de le mettre à leur profit."

Grégoire Comhaire (avec OleB )