"Très mauvaise pub"

O

O n déplore..." C'est le mot du jour dans le monde économique. La Fédération des entreprises de Belgique (FEB), par la voix de son administrateur délégué Rudi Thomaes, "déplore la situation actuelle". "D'autant plus, ajoute-t-il, que ces dernières semaines, on a vraiment cru qu'il y avait une ébauche de convergence sur le plan des réformes fiscales et sociales, voire même dans le domaine communautaire."

Concrètement, cela ne change pas grand-chose pour les entreprises. "Cela ne leur rend pas la vie impossible, mais on risque de rater un certain nombre d'opportunités. Statistiquement parlant on ne peut le prouver, mais c'est sûr que des dossiers d'investissement ont été reportés, surtout dans le chef de nouveaux investisseurs. La stabilité politique d'un pays est la première chose qu'un investisseur exige..." "Par contre, conclut Rudy Thomaes, il est quasiment impossible désormais de protéger l'image de marque de la Belgique à l'étranger."

Même sentiment du côté de l'Union des Classes Moyennes (UCM) qui déplore que la Belgique vive dans un régime "d'affaires courantes" depuis un an et demi, en comptant la période préélectorale de 2007. "Cette grave crise du pouvoir nuit à la confiance des consommateurs et des investisseurs, et donc à la bonne marche des affaires", estime l'association. "L'image de la Belgique, déjà bien écornée, court à présent les plus grands risques", souligne l'UCM. L'Union craint que l'économie souffre de délocalisations et de "non-localisations" "dans un climat délétère de manque de confiance dans les institutions". "Nous sommes dans une période qui n'autorise ni les gaspillages, ni le laisser-aller. Quand on est en zone de turbulences, le gouvernail doit être tenu", conclut-elle.

Et les problèmes du citoyen ?

Le monde syndical partage largement l'inquiétude quant à l'absence de décideurs politiques. Plusieurs mesures socio-économiques urgentes se voient en effet reportées. Or, "le gouvernement avait commencé à apporter des réponses au problème du pouvoir d'achat. Même si c'était insuffisant, il y avait un début de réponse", note Anne Demelenne, Secrétaire générale de la FGTB.

Non, la Belgique ne peut décidément pas se permettre une crise politique en ces temps d'inflation et de turbulences financières, car "le problème le plus important pour les citoyens, les salariés et les allocataires sociaux est la question du pouvoir d'achat", renchérit Claude Rolin, Secrétaire général de la CSC.

Vincent Bodart, Responsable de l'Ires (Institut de recherches économiques et sociales de l'UCL), rappelle qu'une telle crise politique n'est pas neuve. Il suffit de remonter à août 2007 pour en retrouver la trace. "Cette crise a eu un impact sur la confiance des ménages, mais pas réellement sur leurs dépenses", se souvient-il. "Cette fois, l'inquiétude est plus vive, notamment à cause de la flambée des produits pétroliers. Et je partage cette inquiétude dans la mesure où le ralentissement de notre économie s'accentue. Le budget de l'Etat risque d'en souffrir", poursuit Vincent Bodart.

Or, les échéances ne tarderont pas : la négociation d'un accord interprofessionnel en est une. Le gouvernement doit pouvoir y jouer un rôle d'arbitre si nécessaire. Le budget de l'Etat pour 2009 en est une autre, prévue lors de la rentrée parlementaire, en octobre... "Qui le préparera en l'absence de gouvernement ?", conclut Vincent Bodart.

C.M. et O. Sta.