Valse autour de Joëlle Milquet

Le CDH voit certains de ses éléments clés quitter le navire orange. Le mode de fonctionnement "centralisé" de la présidente Milquet est mis en cause. Celle-ci dément. Vanessa Matz et Maxime Prévot viennent renforcer le parti.

M.Bu.
Valse autour de Joëlle Milquet
©Bernard Demoulin

Les chiens sont lâchés. Et le refrain est connu : "Joëlle Milquet énerve tout le monde" ("Le Soir" du 8/11); ses partenaires au sein du gouvernement fédéral pensent pis que pendre de leur collègue vice-Première ministre et de sa manière "particulière" de travailler. Ils se font d’ailleurs rarement prier pour dresser de Milquet un portrait horripilant.

Or, voilà que les critiques émises à l’encontre de la présidente du CDH résonnent à l’intérieur même de son équipe, de son parti. Celles-ci sont dopées par le cumul vice-Première/présidente de parti, un cumul qui a le don d’agacer au sein de sa formation politique. Or, aussi, en l’espace de quelques semaines, Joëlle Milquet a perdu plusieurs collaborateurs de haut niveau.

Ainsi sa directrice de cabinet, la Luxembourgeoise Bernadette Lambrechts, a choisi de rendre les armes, excédée par le mode de fonctionnement de la vice-Première ministre. Lambrechts, qui fut chef cab’ de Catherine Fonck de 2004 à 2008, aura tenu sixmois auprès de Joëlle Milquet. Elle est partie sans avoir de garantie quant à son avenir. Un observateur dit : "Elle était brisée, dégoûtée, écœurée."

L’ex-directrice adjointe de cabinet, Sophie du Bled, a choisi de revenir vers l’administration il y a deux mois - "pour des purs motifs de convenance personnelle", assure Mme du Bled. Quant à Alain Raviart ( ci-dessous ), directeur de la communication du parti, le "divorce" avec le CDH est en cours de réalisation.

Ces départs dans l’entourage de Joëlle Milquet sont volontiers mis sur le compte du mode de fonctionnement de la cheftaine du parti orange. Certains membres de son cabinet relèvent qu’elle refuse de déléguer la moindre tâche à responsabilités. Toutes les décisions, mêmes les moindres, doivent avoir reçu son aval. Ainsi lors des négociations sur les sans-papiers, les collaborateurs du CDH ne disposent-ils pas de la moindre marge de manœuvre. Et doivent, sans cesse, en référer à leur supérieure. "Elle se répand devant tout le monde et se plaint sans cesse qu’elle est entourée d’incapables. Ce qui fait le délice des autres partis ", pointe-t-on dans son cabinet ministériel. Ailleurs, on tire à boulets orange sur ses "notes" : "Elle rerédige systématiquement les notes que les collaborateurs lui expédient de fond en comble. A quoi servons-nous ?" , s’interroge l’un d’entre eux.

Matz à la rescousse

Cette fuite de cadres intervient alors que Mme Milquet s’est engagée à céder la présidence du parti dans la foulée des élections de juin prochain. Vanessa Matz, longtemps bras droit de Joëlle Milquet notamment lors des négociations institutionnelles, avait quitté une fonction dans l’entourage de la présidente, en mars 2008, pour occuper un siège de sénatrice. Mais, alors que la campagne électorale se profile et que l’équipe se déforce, Mme Matz a été rappelée aux Deux Eglises. Elle endossera, avec le Namurois, Maxime Prévot, le rôle de secrétaire politique. Avec Eric Poncin, secrétaire général du parti, ceux-là doivent être les fers de lance de la prochaine campagne humaniste.

Contactée, Joëlle Milquet a tenu à contester l’interprétation faite de ces informations : "Il n’y a , insiste la vice-Première ministre, certainement pas plus de départs au sein de mon cabinet que dans les autres cabinets ministériels ! C’est une rotation du personnel tout à fait normale. C’est la même chose pour le CDH : nous privilégions la stabilité, nous travaillons avec la même équipe depuis des années." Sur la méthode de travail, Joëlle Milquet assure "travailler en équipe et dans la concertation". "Mais, précise-t-elle, c’est exact que je travaille énormément et que nous vérifions les propositions que nous faisons. Quoi de plus normal ?"