Adieu au tirage, et puis quoi ?

Le monde de l'école a tressailli mercredi. De joie, d'agacement, d'inquiétude. En cause, bien sûr, la volonté exprimée par le ministre de l'Enseignement de mettre fin au principe du tirage au sort dans les écoles secondaires confrontées à de trop nombreuses demandes d'inscription.Edito: Que CDH et PS assument leurs erreurs

Laurent Gérard
Adieu au tirage, et puis quoi ?
©Olivier Pirard

Le monde de l'école a tressailli mercredi. De joie, d'agacement, d'inquiétude. En cause, bien sûr, la volonté exprimée par le ministre de l'Enseignement ("La Libre" du 10/12) de mettre fin au principe du tirage au sort dans les écoles secondaires confrontées à de trop nombreuses demandes d'inscription. En cause, aussi, les propos de la présidente du CDH dans "Le Soir" : "Ce décret (mixité), nous n'en voulons plus !"

La majorité PS-CDH semblait donc, dans un bel élan commun, ouvrir les yeux sur les effets désastreux du tirage au sort dans une école sur cinq en Communauté française. Et annonçait la suppression de la cause de tous les maux : le critère aléatoire.

A y regarder de plus près, cependant, des divergences apparaissaient entre les deux ailes du gouvernement. Si Christian Dupont (PS) ne parlait que de modifier le critère ultime qui permet de départager les demandes, et évoquait à cet effet l'idée d'un critère de proximité géographique entre le domicile et l'école, Joëlle Milquet envisageait de repartir d'une "feuille blanche". Sur la manière de gérer la rentrée 2009, en cours de préparation, là aussi, des divergences. M. Dupont "appelle" les parents qui auraient décroché une inscription dans plusieurs écoles à vite faire leur choix. Mme Milquet, elle, veut les y "obliger", via "un bout de décret ou un amendement". Elle souhaite aussi que les commissions zonales d'inscriptions viennent en aide aux élèves en difficulté d'inscription. Dans un communiqué, mercredi, le CDH faisait part de sa joie d'avoir convaincu le partenaire PS. M. Dupont, lui, rappelait que ce décret mixité était "le décret de tout le gouvernement". Entendez, du CDH également. Le ministre-Président Demotte aura tenté, sans convaincre grand monde, de recoller les morceaux : PS et CDH "vont dans le même sens".

Ce rebondissement n'aura en tout cas pas manqué de faire réagir les acteurs scolaires. Les associations de parents se sont réjouies de la future disparition du tirage au sort et ont renouvelé leur demande aux parents de "faire leur choix rapidement". Mais si la Fapeo (enseignement officiel) "salue le geste fort et courageux du ministre" et approuve la proposition d'un critère de proximité (élargi toutefois au lieu de travail), l'Ufapec (enseignement libre) ne voit pas ce qu'un nouveau critère apporterait de meilleur : "Il faut rendre la gestion des inscriptions aux écoles", estimait le vice-président Boulanger, "tout en la balisant par des critères de mixité sociale, de respect du libre choix et de continuum pédagogique" .

Du côté des directions d'école, on se disait partagé entre soulagement et inquiétude. André Cobbaert, président des directeurs des écoles libres catholiques : "Nous étions témoins de phénomènes affolants : des secrétariats submergés depuis un mois, des parents angoissés, des élèves bientôt séparés. Il est dommage que le ministre doive se casser la figure pour en revenir à de meilleurs sentiments. Ceci dit, je crains que l'on ne se dépêche de faire une troisième mouture qui soit pire que les deux premières. Aura-t-on assez de temps pour travailler dans la sérénité et concerter largement ?" Et d'avancer une première idée : que l'on ne travaille plus la mixité sociale mais la mixité scolaire. Autrement formulé : "Ne plus rassembler les élèves à difficultés scolaires."

Enfin, le Segec (pouvoirs organisateurs catholiques), prend acte, "même s'il n'est pas toujours facile de suivre la pensée profonde des responsables politiques" , ironise le président. Etienne Michel propose lui aussi de "revenir à une responsabilité des écoles" et balaie d'un revers de la main un éventuel critère de proximité géographique, qui irait "à l'encontre de l'objectif de mixité sociale" . Pour le Segec, "ce sont les quartiers-ghettos qui produisent les écoles-ghettos".

© La Libre Belgique 2008

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