Dieudonné sous haute surveillance

L’humoriste français était attendu de pied ferme à Saint- Josse où une centaine de manifestants était présente. Il aura fait salle comble pour une petite heure de spectacle.

Dieudonné sous haute surveillance
©BELGA
raphaël meulders

C’est dans un contexte plus que tendu que l’humoriste controversé Dieudonné montait ce mercredi sur les planches du centre Marignan à Saint-Josse afin d’y présenter son spectacle "Liberté d’expression".

A 19h ce mercredi, la tension est palpable aux abords du centre Marignan. La police a fermé la chaussée de Louvain dans sa partie haute. Trente policiers sont sur les dents. "Nonante de mes collègues sont mobilisés si cela dégénère", explique un officier de police. En face du centre Marignan, une petite centaine de personnes manifeste son désaccord quant à la venue de l’artiste. Parmi celle- ci, on retrouve Kevin Hirsch, président des étudiants juifs de Belgique. "Nous sommes là pour dire non au racisme. Il n’est pas normal que Dieudonné, qui est interdit de spectacle et condamné en France, puisse se produire ici. Il y a des limites à la liberté d’expression. N’existe-il pas un cordon sanitaire contre le Vlaams Belang en Belgique, pourquoi ne l’applique pas contre tous les types de racistes ?".

Acculé derrière une barrière, le groupe de manifestants enregistre quelques railleries de passants. "Dieudonné c’est le meilleur", lance Ramzy, un habitant de la chaussée de Louvain. "Je trouve cette manifestation ridicule. Ce que Dieudonné dénonce c’est le sionisme. Il n’est pas antisémite. Laissez-le s’exprimer avant de le juger." La foule se presse. On se bouscule. Le centre Marignan affiche déjà complet. Dans la salle, l’ambiance est chauffée à blanc. Un public jeune et local attend impatiemment l’humoriste controversé. Près de 500 personnes sont là. Abdeltife est un inconditionnel. "Dieudonné joue avec la provocation, avec les médias. C’est parce qu’il a touché des sujets tabous en France qu’on l’a censuré. Il fait bouger les choses."

20h15, l’homme rentre en scène. Fouad Ahidar, député bruxellois SP.A. s’affiche. "Je suis là pour voir ce qu’il raconte. Au moindre dérapage, je quitte la salle". Des membres du MRAX sont aussi présents et veillent eu grain. Chaque dérapage sera noté. "On voulait organiser une conférence sur la liberté d’expression, mais ça a l’air compliqué ici", lance Dieudonné sous une pluie d’applaudissements. Surveillé par un fictif "chercheur en économie de la discrimination", l’humoriste va enchaîner les sketches en se caricaturant lui-même. Il restera en permanence sur la corde raide en lançant des vannes plutôt douteuses sur les Pygmées, les Apaches et les aborigènes, Bush ou encore les serial killers. En fin de spectacle, il se risquera à évoquer le conflit israélo-palestinien. Sans trop se mouiller et sous les cris d’une foule acquise à sa cause. Un public prêt aussi à payer plus de trente euros, pour tout juste une heure de spectacle. Sans parler des DVD "où vous pourrez voir mon spectacle en intégralité". Ah bon, c’était quoi ce soir ? Rideau. Créer la polémique, ça rapporte visiblement.

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