"L’électeur aura son mot à dire"

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"L’électeur aura son mot à dire"
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Francis Van de Woestyne

Entretien

Les enjeux du scrutin de dimanche ? Un dernier tour de piste avec Vincent de Coorebyter, directeur général du Centre de recherche et d’information socio-politiques (Crisp).

Quel est le premier élément auquel il faudra être attentif le soir du 7 juin ?

Le chiffre le plus décisif sera, côté francophone, le score du PS. Les sondages annoncent des résultats mauvais. Il y a au moins une alternative : chute-t-il lourdement ou chute-t-il à un point tel que le PS choisit l’opposition parce que sa perte de légitimité électorale est telle que pour des partenaires de coalition potentiels, il est presque gênant de les maintenir au pouvoir ? Exemple : si le PS reste en tête, en Région wallonne, mais si son niveau de perte par rapport à 2004 atteint un tiers de ses électeurs (il passerait ainsi de 36,9 % à 24,6 %), il y aura un problème de légitimité politique.

A fortiori, s'il n'est plus le premier parti, il prend un aller simple pour l'opposition...

En effet : on ne prend la main que si l’on est le premier parti ou que si le premier s’efface. Ce n’est pas forcément la question de la position qui va être déterminante. En 1999, au fédéral, le CVP, en très forte chute, est resté premier de justesse (0,3 pc) devant le VLD. Mais le CVP a annoncé dès le lendemain du scrutin qu’il ne prendrait pas l’initiative des négociations. Donc la position exacte importe moins que l’effet global du résultat. On va comparer le score du PS en 2009 à celui de 2004, que le PS le veuille ou non.

Si les résultats confirment les sondages, Ecolo sera incontournable ?

Si les résultats confirment, Ecolo sera sans doute politiquement et démocratiquement incontournable, même s’il est arithmétiquement contournable.

Quelles sont les coalitions possibles ?

Sauf si tous les sondages se trompent, il y a une quasi-certitude : en Région wallonne, la reconduction n’est pas possible. Deuxième quasi-certitude : il n’y a pas de coalition possible à deux avec le CDH.

Y a-t-il une coalition à deux possible ?

La seule possible c’est PS-MR : c’est précisément celle qui est refusée par les deux partenaires concernés. Dès lors, trois scénarios sont possibles.

Première hypothèse : l’élargissement de la coalition sortante en Région wallonne et en Communauté française. PS et CDH s’ouvrent à Ecolo.

Deuxième hypothèse : le changement. Le PS va dans l’opposition, et on va vers une Jamaïcaine : MR-Ecolo-CDH. C’est le vrai changement qui consacre le renvoi du PS dans l’opposition auquel le CDH semble se préparer et semble vouloir préparer l’électeur. Ou alors le CDH va dans l’opposition, mais ce n’est pas praticable vu l’exclusive entre MR et PS. Une coalition PS-Ecolo paraît très limite sur le plan arithmétique.

Et MR-Ecolo : possible ?

C’est la troisième hypothèse : le renversement. Une hypothèse arithmétique extrême que l’on ne peut pas écarter, surtout à Bruxelles. Mais il faut qu’ils aient une majorité en sièges. Cela demande un très beau score d’Ecolo et du MR. Ce serait la rupture la plus nette.

Le choix de l'électeur sera déterminant...

On entend souvent les gens dire : à quoi cela sert-il de voter puisque ce sont toujours les mêmes qui gouvernent. C’est vrai : tous les partis auront déjà gouverné soit dans la coalition sortante soit dans la précédente. Cela reste un jeu à quatre. Mais on voit qu’il n’est pas impossible d’assister à des déplacements de voix tels que les deux partis de la coalition sortante soient tous les deux renvoyés dans l’opposition au profit des deux partis de l’opposition. Les choix collectifs des électeurs joueront.

Jean-Michel Javaux a dit : Ecolo ne gouvernera pas avec deux perdants...

Je me demande s’il a bien mesuré les conséquences de cette déclaration. A-t-il vraiment songé au fait que sa déclaration ferme pratiquement la porte à un Olivier en Région wallonne ? L’Olivier est la formule qui tient la corde en Région bruxelloise puisque les trois partis francophones se sont tous déclarés favorables à la reconduction.

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