Charleroi: l'aéroport régale la présidente et ses amis

Rebondissement sans précédent dans le dossier du licenciement de l’administrateur délégué de BSCA, société gestionnaire de l’aéroport de Charleroi, Marcel Buelens. Edmée de Groeve a organisé un voyage aux îles Canaries, payé par BSCA. Parmi les invités figurent son ami et des proches de Di Rupo et de Magnette (PS). La présidente Edmée De Groeve parle de vengeance

Ph. Law.
Charleroi: l'aéroport régale la présidente et ses amis
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Rebondissement sans précédent dans le dossier du licenciement de l’administrateur délégué de BSCA, société gestionnaire de l’aéroport de Charleroi, Marcel Buelens. Selon nos informations obtenues à bonnes sources et les documents que nous avons pu nous procurer, la citation en référé de l’avocat de ce dernier comporte de sérieux éléments indiquant que la présidente de BSCA, Edmée De Groeve (étiquetée PS et proche du président Elio Di Rupo) aurait réalisé des dépenses sur le compte de la société. Il y a notamment un voyage “all-in” (frais de voyage, séjour à l’hôtel, etc.) organisé le 25 octobre dernier lors du premier vol de JetairFly à Tenerife aux îles Canaries pour un montant de plus de 11 500 €.

Dans le cadre de ce “trip”, la présidente a fait réserver par le tour-opérateur 3 chambres pour deux personnes et 4 chambres pour une personne au Roca Nivaria Gran Hôtel (5 étoiles). Le prix du billet était de 350 € par personne et celui des chambres varie entre 117 € par personne et 132,30 € par personne. Et malgré le fait que c’est un séjour “all-in”, le groupe est revenu avec une facture de bar salée : 3 500 €. Le coût du voyage entre copains a été remboursé par BSCA, malgré le fait que le CEO n’ait pas validé la dépense.

Dans le mail envoyé le 16 septembre 2008 à JetairFly pour solliciter la réservation, Edmée De Groeve donne la liste des membres du voyage, soit 10 personnes dont elle-même, son compagnon Alphonse D’Angelo ainsi que Franco Di Rupo (frère du président du PS, Elio Di Rupo) et Pierre Magnette (frère du ministre fédéral PS de l’Energie, Paul Magnette). Les autres membres de la délégation sont notamment des connaissances privées.

Par ailleurs, la présidente de BSCA aurait invité, en VIP et durant un week-end, des membres de cette même délégation ainsi que des enfants, neveux et nièces de responsables politiques socialistes au Grand Prix de F1 à Francorchamps en 2007 et 2008. Chaque invitation avait une valeur minimale d’environ 2 000 €. Or, “ces places sont destinées exclusivement aux clients et relations d’affaires importantes de BSCA”, lit-on dans la citation de l’avocat de Marcel Buelens et dont “La Libre” a eu connaissance. La facture est ici aussi salée, elle s’élève, pour les deux éditions du GP de F1, à environ 50 000 € et entièrement prise en charge par la société gestionnaire de l’aéroport. Selon nos informations, la présidente De Groeve aurait également utilisé la carte de crédit de BSCA à des fins purement personnelles notamment l’achat de vêtements de luxe, le règlement d’ardoises de restauration à titre privé; sans oublier des retraits d’argent, sans justification, à la comptabilité de la société. Ces dépenses s’élèveraient à environ de 1 500 € à 2 000 € par mois depuis début 2007. Egalement présidente du conseil d’administration de la SNCB, elle se servirait de la carte “carburant” obtenue dans le cadre de son mandat chez BSCA pour ses besoins de déplacement au profit de l’opérateur ferroviaire. Cet “extra” est évalué à 250 € par mois depuis 2007. L’aménagement de son bureau à l’aéroport avec du mobilier de grand luxe et d’une salle VIP pour un montant de 64 000 € a déjà suscité des remous. Dans sa citation, l’ancien CEO de BSCA estime que c’est depuis l’apparition, en septembre/octobre 2008, “des interrogations sur les dépenses somptuaires et privées sur le compte de BSCA qu’il est devenu une cible à abattre pour la présidente, car il constituait un obstacle à sa liberté d’action et plus particulièrement aux largesses” consenties à ses alliés politiques sur le compte de la société.

Selon nos infos, des administrateurs (et des responsables politiques aussi) sont au courant des “extras” de la présidente, mais le silence serait de mise. Mais le dossier serait dans le collimateur de la Justice et des suites ne sont pas exclues. Contactée par nos soins, Edmée De Groeve nous a assuré qu’elle nous répondrait ce lundi matin.