Mahoux veut éliminer les armes nucléaires de Belgique

Une proposition de loi du chef du groupe PS du Sénat entend interdire toute arme nucléaire en Belgique. Les bombes américaines indésirables à Kleine Brogel ?Belgique, un des 5 pays de l'OTAN avec des armes nucléaires américaines

Mahoux veut éliminer les armes nucléaires de Belgique
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Philippe Galloy

Les armes nucléaires que l’Otan maintient à Kleine Brogel vont-elles devoir quitter le territoire belge ? Le débat est relancé à la faveur du dépôt d’une proposition de loi. En septembre, le sénateur Philippe Mahoux (PS) déposera un texte prévoyant la prohibition "de la fabrication, de la réparation, de l’exposition, de la vente, du transport et du dépôt sur le territoire belge des systèmes d’armement nucléaire". Le quotidien japonais "Mainichi Shimbun" a révélé la teneur de cette proposition de loi vendredi dernier sur son site Internet anglophone, "The Mainichi Daily News" (1). Ayant connu les affres de l’utilisation du nucléaire militaire, les Japonais semblent très attentifs aux initiatives législatives prises dans ce domaine (lire ci-dessous).

Le sénateur Mahoux persiste et signe. Après avoir obtenu l’interdiction en Belgique des mines antipersonnel, des bombes à sous-munitions et des armes à uranium appauvri, il vise donc à présent les armes nucléaires. La logique de cette croisade est limpide : il s’agit de prohiber les armes "sales", c’est-à-dire celles qui provoquent des dommages irréparables parmi les civils en marge des conflits armés. Ainsi, des mines antipersonnel, des bombes à sous-munitions et des armes à uranium appauvri utilisées par les militaires en temps de guerre subsistent après la fin des conflits et déciment ou estropient la population civile. En tant que chirurgien ayant travaillé pour Médecins sans Frontières, Philippe Mahoux est sensible au sort de ces civils. À l’égard des armes nucléaires, "je pense que l’on peut avoir une démarche identique à celle que l’on a eue vis-à-vis de ces autres armes ayant des effets retardés sur les civils", nous explique le sénateur Mahoux.

Mais à la différence des précédentes propositions du parlementaire en matière d’interdiction des armes, celle relative au nucléaire militaire risque de susciter un vif débat, jusqu’au sein du gouvernement fédéral. En effet, en vertu de traités bilatéraux conclus avec les Etats-Unis, notre pays accueille sur son territoire des armes nucléaires, entreposées dans la base de Kleine Brogel. Le nombre de bombes atomiques stockées est classé "secret défense".

Officiellement, le gouvernement belge ne confirme ni ne dément la présence de ces armes. S’il la confirmait, il devrait faire face à des citoyens (et électeurs) majoritairement hostiles à l’entreposage des bombes. Et si la Belgique démentait détenir ces armes nucléaires, elle irriterait ses alliés de l’Otan (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). Ceux-ci participent également au programme nucléaire militaire de l’organisation et, à ce titre, accueillent aussi des armes atomiques sur leur territoire.

Comme l’explique le professeur André Dumoulin, spécialiste de la question, "au départ, ce sont des charges qui sont considérées comme dissuasives". Selon lui, "la démarche de Mahoux est dans l’air du temps : grâce à la nouvelle présidence aux Etats-Unis et aux négociations russo-américaines sur la réduction des charges nucléaires stratégiques, on pourrait imaginer que les Américains retirent éventuellement tout ou partie de leurs bombes B-61 (type des armes entreposées à Kleine Brogel, NdlR) , estimant et espérant que les Russes fassent de même".

Mais, tempère-t-il, "est-ce que la proposition belge peut influer sur une décision américaine ? J’en doute. Je pense que c’est un discours à usage interne. Eventuellement, si la proposition est adoptée et donc acceptée indirectement par le gouvernement, ça peut être utile dans le cadre de la conférence de suivi du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (qui a lieu en 2010, NdlR)" . La Belgique adopterait ainsi une nouvelle attitude sur la question de ces armes.

Tout dépendra donc du débat politique sur cet épineux sujet. Philippe Mahoux entend bien convaincre les autres parlementaires. "Soit on croit que l’on peut dénucléariser, soit on n’y croit pas; mais si on y croit, il faut avancer", affirme-t-il. La rentrée de septembre s’annonce déjà chaude.

(1) Site Internet du "Mainichi Daily News" : http://mdn.mainichi.jp

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