Astérix le Zoutois

Knokke-le-Zoute. Là où la route s’arrête définitivement pour faire place à la mer. Au début du XIXe siècle, il n’y avait ici que des dunes et des oiseaux. Aujourd’hui, c’est devenu un lieu incontournable pour tout qui, de près ou de loin, peut se targuer d’appartenir à sa manière à la jet-set de notre pays.

Grégoire Comhaire
Astérix le Zoutois
©Christophe Bortels

Knokke-le-Zoute. Là où la route s’arrête définitivement pour faire place à la mer. Au début du XIXe siècle, il n’y avait ici que des dunes et des oiseaux. Aujourd’hui, c’est devenu un lieu incontournable pour tout qui, de près ou de loin, peut se targuer d’appartenir à sa manière à la jet-set de notre pays. Un petit Saint-tropez à la belge, où il fait bon se promener et être vu, particulièrement entre le 7 et le 15 août quand culminent les festivités qui font le plaisir de tous les habitués des lieux.

En cette veille de week-end festif, la station est au "top" de sa fréquentation. Sur la digue, les traditionnels cuistax côtoient les voiturettes de golf, en passe de surpasser le 4X4 et la voiture de luxe parmi les moyens de locomotion privilégiés des Zoutois. C’est aussi la foule des grands jours sur la Kustlaan, parallèle à la digue, où l’on flâne tranquillement entre les enseignes Delvaux, Olivier Strelli, Cartier et tant d’autres, en respirant à pleins poumons l’air et l’atmosphère décontractée des vacances.

Le "15-zoute", c’est ici une tradition. Nocturnes dans les nombreuses galeries d’art que compte la station, défilés de mode, concours de château de sable, course de catamaran, championnat de beach-volley, présentation de la nouvelle Porsche sur la place Albert... Il y en a pour tous les goûts. "Le Zoute, c’est la convivialité, nous explique le comte Léopold Lippens. Ici, c’est un peu le village d’Astérix entouré par les camps romains. On a la potion magique qui nous permet de vivre dans ce cadre merveilleux et tout le monde cherche à savoir comment on fait."

Léopold Lippens. L’homme sans qui le Zoute ne serait pas tout à fait ce qu’il est aujourd’hui. Rouler dans Knokke, c’est d’ailleurs prendre la Lippenslaan, traverser la Lippensplein, longer la réserve naturelle du Zwin sur la Lippensdreef, et se rappeler que la dynastie qui règne ici depuis le début du siècle a largement contribué à façonner le visage de la commune, en veillant à ne jamais dénaturer les paysages au profit de constructions immobilières hasardeuses.

Le patron des lieux nous reçoit au prestigieux "Royal Zoute Golf club". Un endroit incontournable parmi les incontournables, qui est un peu au Zoute ce que les bulles sont au champagne. Ce lieu ultra-select, qui compte parmi ses membres les plus illustres, le baron Albert Frère et l’ancien ministre Marc Verwilghen, peut se targuer de figurer parmi les 20 plus beaux parcours 18 trous de la planète reconnus par ses pairs. Un endroit où, plus que partout ailleurs, Léopold Lippens est chez lui.

Après nous avoir fièrement montré le drapeau belge qui flotte au sommet du grand mat posté à l’entrée (en réalité une antenne-relais GSM installée en son temps par John Goossens pour améliorer la couverture réseau sur le parcours), l’homme éveille notre attention sur la tenue des joueurs : pantalon rouge et chemise blanche, assortie aux couleurs du parterre de roses qui ornent la terrasse. "Ce sont les couleurs du Zoute. Dimanche, il y aura ici un tournoi de golf auquel ne pourront participer que ceux qui sont habillés de rouge et de blanc." Un tournoi parmi tant d’autres puisque deux jours plus tôt, c’est le "trophée des John" - pour John-John Goossens et John-Alexandre Bogaerts, deux autres figures emblématiques des lieux - qui se tiendra au golf club du Zoute. "C’est un trophée pour rigoler, nous explique Léopold Lippens. Ça amuse beaucoup les gens d’être ici autour du 15 août."

Plus qu’aucun autre lieu de villégiature, le Golf club du Zoute est un lieu de rencontre privilégié pour les élites économiques de notre pays. Ici, on cotoie ses partenaires et ses associés mais en tenue de sport, loin du rythme effrené de la vie professionnelle à Bruxelles ou Anvers. "Du temps de Gaston Eyskens, on pouvait faire un Conseil des ministres au Zoute, vu qu’ils avaient presque tous leur résidence secondaire ici", se souvient Léopold Lippens. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Les nombreuses résidences secondaires de la commune ont d’ailleurs tendance à devenir des troisièmes résidences, nous confie-t-il. C’est une évolution que l’on ne peut pas freiner. "Le mois de juillet est d’ailleurs traditionnellement le mois où le taux de fréquentation est le plus faible dans la station. En juillet les gens sont à l’étranger avec leur famille, et c’est donc en août que l’on se retrouve à Knokke."

Août. Le mois où les images des nombreuses soirées huppées s’affichent sans vergogne dans "Paris-Match" et dans les pages de "Zoute people", un magazine spécialement créé pour relayer les évènements sportifs et mondains de la station, et que s’arrachent dès le matin tous les Zoutois qui se respectent. Samedi soir, aucun habitué ne manquera la légendaire "Zoute people night" du Knokke Out. Un club dont la réputation n’est plus à faire, mais qui ne peut, selon le bourgmestre, demeurer la seule boîte de nuit valable dans la commune. "A part le Knokke-Out, il n’y a ici que des soirées privées et c’est un problème, estime ainsi Léopold Lippens. Il faut d’urgence investir et mettre en location des espaces afin de créer de nouvelles boîtes de nuit. Sans quoi les jeunes risquent de déserter le Zoute et ce serait dommage."