La Justice a voulu museler Renaat Landuyt

La saga continue. Dans la catégorie "ingérence du monde de la justice sur des responsables politiques", voici un nouveau morceau.La tentative d'intimidation de R. Landuyt interpelle J-M NolletDes magistrats dans la tourmenteDe désastreuses implicationsEdito: Il faut crever l’abcès Notre dossier sur l'affaire Fortis

Martin Buxant
La Justice a voulu museler Renaat Landuyt
©BELGA

La saga continue. Dans la catégorie "ingérence du monde de la justice sur des responsables politiques", voici un nouveau morceau. Il apparaît aujourd’hui, selon plusieurs sources, qu’en pleine commission d’enquête parlementaire Fortis, le bâtonnier néerlandophone de Bruxelles, Alex Tallon, a tenté de museler le rapporteur de cette commission d’enquête, le député socialiste flamand Renaat Landuyt. Et de l’influencer dans sa conduite des débats parlementaires. Pour rappel, dans l’opposition au Fédéral, Renaat Landuyt fut - avec l’Ecolo Jean-Marc Nollet - l’un des principaux animateurs de cette commission d’enquête.

Dans un courrier adressé à Renaat Landuyt, qui est également un avocat inscrit aux barreaux de Bruxelles et de Bruges, le bâtonnier Alex Tallon menace le député de mobiliser l’Ordre des avocats et de prendre des sanctions graves à son encontre - en invoquant notamment la déontologie de la profession d’avocat - si M. Landuyt persistait dans son entêtement à vouloir faire comparaître l’avocat Christian Van Buggenhout devant la commission d’enquête

Ce rappel à l’ordre du député/avocat Landuyt est intervenu le 11 mars dernier - jour de la comparution de l’avocat de l’Etat belge Christian Van Buggenhout devant la commission d’enquête.

Rappel, Me Van Buggenhout avait invoqué une injonction de son bâtonnier pour se soustraire au témoignage et à la prestation de serment en commission d’enquête parlementaire - ce qui avait ulcéré certains parlementaires. Le bâtonnier avait invoqué le devoir absolu de secret et la nécessaire confidentialité entre un avocat et son client pour empêcher Van Buggenhout de témoigner. Néanmoins, dans une déclaration diffusée dans la foulée de ces péripéties par le cabinet du ministre des Finances, Christian van Buggenhout avait cautionné la version des faits de Didier Reynders et de son équipe.

Interrogé jeudi par "La Libre", le député Renaat Landuyt s’est refusé à commenter ces injonctions émises par une autorité judiciaire à l’endroit d’un élu de la nation. De son côté, Alex Tallon a lui aussi décliné l’invitation à s’exprimer : "Ses courriers ne sont pas publics", s’est-il contenté de répondre.

Dans quelle mesure cette mise sous pression du rapporteur de la commission d’enquête a-t-elle eu un effet sur les débats des parlementaires ? D’autres parlementaires/juristes membres de la commission ont-ils aussi reçu des injonctions ? A voir.

Mais "c’est une faute particulièrement grave", jugent aujourd’hui plusieurs membres de cette commission d’enquête - qui ont eu connaissance de la tentative d’influence. "D’une part, fait remarquer un observateur, cela veut dire qu’on s’en prend aux élus. Mais, d’autre part, cela montre également comment l’Ordre des avocats tente, coûte que coûte, de faire en sorte que les avocats se protègent entre eux."

Selon certaines sources, Renaat Landuyt aurait invoqué, en réponse à son autorité de tutelle, l’article de la Constitution garantissant la liberté d’expression absolue - ainsi que l’immunité pour les propos prononcés - aux parlementaires.

Et, devant cette contre-attaque du député SP.A, le bâtonnier du barreau de Bruxelles aurait effectué une volte-face en présentant des excuses pour sa tentative d’influence du cours des débats.

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