Il y aura en octobre de quoi vacciner les publics prioritaires chez nous

Infectiologue au CHU Saint-Pierre, le Dr Yves Van Laethem est président du groupe scientifique grippe pandémique pour la Belgique.

Laurence Dardenne

Entretien

Infectiologue au CHU Saint-Pierre, le Dr Yves Van Laethem est président du groupe scientifique grippe pandémique pour la Belgique.

Dans quelle mesure faut-il craindre la grippe A (H1N1) ?

Il s’agit malgré tout d’un nouveau virus. Historiquement, un nouveau virus grippal à la base d’une pandémie n’a jamais été plus "gentil" qu’un virus classique. Or un virus classique cause des décès. On peut donc penser, même si ce n’est pas certain, que ce virus-ci pourrait faire davantage de dégâts que le virus classique. Il faut donc en avoir, pour l’instant, une peur relative. On n’a pas de signe de gravité extrême; il ne s’agit pas de la grippe espagnole. D’une part, il fera d’office des dégâts; d’autre part, nous ne sommes pas à l’abri d’une mutation. Cela dit, il semble que, pour cette grippe, beaucoup de personnes manifestent finalement des symptômes très légers.

Un spécialiste français a été jusqu'à parler de "grippette", qu'en pensez-vous ?

Cela me paraît un peu audacieux. Au stade actuel, c’est peut-être encore une "gripette", mais à nouveau, ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’un nouveau virus, qu’il y a une mortalité et qu’une mutation reste possible. Ne sous-estimons pas l’ennemi et, à l’inverse, ne paniquons pas.

La possibilité de fermer toutes les écoles à titre préventif, comme cela a été évoqué en France, vous semble-t-elle opportune ?

Cela me paraît un peu rigide comme mesure. En Belgique, nous avons décidé que si l’on observait des cas groupés dans une classe ou une école, on envisagera la fermeture en fonction de la sévérité de la pathologie. Si l’on se rend compte que le virus devient plus virulent, allant jusqu’à tuer 2 ou 3 % des gens, peut-être ce type de mesure aura-t-il sa place, tout comme la fermeture de certains lieux publics.

Le retour des vacances et la rentrée scolaire devraient-ils d'office entraîner une augmentation du risque de transmission ?

Il est certain que toute reprise d’une activité sociale normale augmente le risque de transmission, même s’il est impossible de dire dans quelle mesure. Cependant, le beau temps qui nous est un facteur favorable.

En cas de pandémie, quel pourcentage de la population pourrait être touché ?

Cela peut aller de 10 à 30 %. Il faut savoir qu’en temps normal de 5 à 10 pc de la population sont atteints.

En cas de mutation du virus, dans quelle mesure les vaccins en cours d'élaboration seront-ils efficaces ?

Plusieurs des vaccins en cours de développement sont des vaccins avec adjuvants (substances qui stimulent l’immunité). Au moins pour ceux-là, on peut espérer qu’en cas de mutation modérée, ils conservent une bonne immunité.

Pourrait-il y avoir des contre-indications à se faire vacciner à la fois contre la grippe saisonnière et contre la grippe A (H1N1) ?

Personne ne peut à l’heure actuelle dire ce que cela va donner mais rien ne laisse penser qu’il y aura une interférence entre les deux vaccins. Dans le vaccin de la grippe classique, il y a déjà trois souches différentes. On ne fait finalement ici qu’en ajouter une quatrième, mais de façon séparée. Par précaution et ne fût-ce que pour comprendre les éventuels effets secondaires du nouveau vaccin, on proposera si possible de ne pas les donner en même temps et, de préférence, de les espacer d’une quinzaine de jours.

Quand devrait-on dès lors idéalement se faire vacciner ?

Habituellement, le vaccin saisonnier est disponible à partir de mi ou fin septembre. On peut se faire vacciner en novembre sachant que, généralement, la grippe classique arrive aux alentours de la mi-janvier en Belgique. Dans le cas présent, on pourrait conseiller de se faire vacciner un peu plus tôt afin de pouvoir ensuite bénéficier du vaccin contre la grippe pandémique.

Qui devra se faire vacciner ?

Deux grandes catégories sont prioritaires : d’une part les groupes cibles et d’autre part les personnes à risque. Pour les premiers, il s’agit des personnes qui assurent les besoins essentiels de la société dans le cas d’un problème tel celui-là, en l’occurrence le personnel para-médical et médical, ce qui représenterait environ 8 % des Européens.

D’autre part, il y a les personnes à risque qui sont celles dont on sait qu’elles paieront le plus lourd tribut. Ce public n’est pas exactement le même que celui de la grippe saisonnière, dans la mesure où, pour la grippe A (H1N1), ce sont les gens plus jeunes, entre 20 et 64 ans, présentant une pathologie sous-jacente qui posent plutôt problème. Les petits enfants et les femmes enceintes ont aussi plus de risques. Dans les semaines à venir, nous allons finaliser un ranking des publics prioritaires. L’Organisation mondiale de la santé a proposé divers groupes tout en laissant à chaque pays la liberté de faire son choix.

Sachant que la Belgique a commandé un nombre suffisant de doses pour couvrir l'ensemble de la population, est-il adéquat de vacciner tout le monde ?

C’est une question qui doit encore être définie. La Belgique disposera de suffisamment de vaccins, mais pas en octobre, pour vacciner toute la population. Mais nous pourrons vacciner dans un avenir proche certainement les groupes prioritaires.

Et quel sera le coût à charge du patient ?

A l’heure actuelle, personne n’évoque la possibilité de faire payer ce vaccin par le patient. Il sera distribué de façon toute différente faisant penser aux vaccinations contre la variole ou contre la fièvre jaune du temps jadis. Des campagnes de vaccination seront organisées. La vaccination sera proposée à tous mais non obligatoire.