Parés à virer le vilain virus

Après avoir mené ses propres recherches sur la transmission du virus de la grippe A/H1N1, un directeur d’une école de Wemmel a décidé d’imposer à la rentrée ". Toutes les informations sur la grippe A/H1N1 dans notre dossier

Parés à virer le vilain virus
©Photonews
Laurence Dardenne

Après avoir mené ses propres recherches sur la transmission du virus de la grippe A/H1N1, un directeur d’une école de Wemmel a décidé d’imposer à la rentrée "une distance sanitaire d’un mètre entre chaque élève", pouvait-on lire jeudi dans les journaux du groupe Sud-Presse. Il y était encore précisé que le respect de ces mesures de sécurité sera surveillé de très près dans la cour de récréation et que tous les contacts physiques seront prohibés. Si un dicton prétend que l’ "on n’est jamais trop prudent", sans doute quelques petites mises au point sur le sujet sont-elles bienvenues.

Ainsi donc, six semaines après la dernière conférence de presse en date sur la grippe A/H1N1 en Belgique, la ministre de la Santé, Laurette Onkelinx (PS) a-t-elle convié, jeudi, les journalistes pour faire le point "en toute transparence sur les moyens mis en œuvre pour combattre la grippe", ainsi que sur l’évolution et la gestion de la pandémie A/H1N1 dans notre pays. Petit tour d’horizon, point par point.

1. Message. Il n’a pas changé depuis la dernière conférence de presse : calme et sérénité. Vigilance aussi. "Même si la sévérité du virus est comparable à celle de la grippe saisonnière, il faut rester vigilant , a rappelé la ministre, car il semble plus contagieux, il peut muter, les personnes à risque peuvent être victimes de complications et parce que la grippe saisonnière va faire son apparition."

2. Bilan. Par extrapolation sur base des chiffres des médecins vigies, 4631 personnes auraient été contaminées en Belgique depuis la déclaration de la pandémie, dont 1178 cas au cours de la semaine écoulée. "La circulation locale en Belgique reste peu élevée par rapport à d’autres pays européens", a assuré le Pr Marc Van Ranst, commissaire Influenza.

3. Rentrée. Qu’il s’agisse des écoles, des entreprises, des clubs de sport, les jours à venir seront en effet plus critiques. Pas de panique toutefois, à l’heure actuelle, rien ne justifie de prendre des mesures extraordinaires dans les établissements scolaires. Quoi qu’il en soit, les Communautés sont responsables en la matière.

4. Mesures d’urgence. Une loi d’exception sera déposée la semaine prochaine au parlement. Elle permettra de prendre des mesures d’urgence comme réquisitionner des professionnels de la santé, élargir la distribution des médicaments à d’autres points que les pharmacies ou, si nécessaire, augmenter la limite actuelle du don de sang qui est de quatre fois par an.

5. Antiviraux. Ils ne doivent être administrés que sur décision médicale et seulement si c’est indispensable, notamment dans le cas des personnes à risque. La plupart des personnes contaminées ont guéri spontanément sans traitement. Toutefois, dans les prochains jours, tous les médecins généralistes vont disposer d’un kit de démarrage gratuit, qui se composera de cinq traitements de Tamiflu pour adulte, trois pour enfant, un de Relenza pour les femmes enceintes et de 150 masques. Une quantité de 500000 traitements prêts à l’emploi est garantie, a assuré la ministre.

6. Hôpitaux. Le plan est pratiquement bouclé et le personnel formé au cas où la propagation du virus prendrait une ampleur considérable.

7. Vaccin. Le gouvernement a passé auprès du groupe pharmaceutique GSK une commande de 12,6 millions de doses, qui s’inscrit dans un budget de 100 millions d’euros. Pourquoi avoir choisi ce vaccin-là ? "Nous voulions un vaccin avec un adjuvant (85 % du coût) et un antigène (15 %), a répondu la ministre, car si le virus devait muter profondément, on pouvait envisager de changer d’antigène, mais non d’adjuvant. En cas de mutation, il était plus intéressant de disposer de ce type de vaccin."

Les premiers lots devraient être livrés à la mi-septembre. Une fois donnée par les instances européennes l’autorisation de mise sur le marché, probablement à la mi-octobre, on devrait disposer de 1750000 doses supplémentaires, et fin décembre d’au moins 10 millions de doses. A l’heure actuelle, rien ne dit qu’il faudra administrer la totalité des doses commandées. "Le vaccin, qui sera gratuit, ne sera pas obligatoire en l’état actuel", a précisé Laurette Onkelinx, qui a insisté sur l’importance de la qualité du vaccin, essentielle à ses yeux. "Il est hors de question d’administrer en Belgique le vaccin avant d’avoir reçu le feu vert européen", a-t-elle souligné.

8. Prévention. Une campagne grand public sera lancée ce week-end et durera le mois de septembre pour rappeler les règles d’hygiène de base. Un des défis consistera d’ailleurs à combiner la traditionnelle campagne contre la grippe saisonnière d’une part, et celle contre la grippe A/H1N1, qui suivra, d’autre part.


Le virus détecté chez des dindes au Chili Le virus de la grippe A/H1N1, détecté chez les dindes au Chili, pourrait se propager dans les élevages avicoles dans le monde, a averti jeudi l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). L’agence de l’ONU appelle à la vigilance. Les autorités chiliennes ont signalé le 20 août la présence du virus H1N1 dans deux fermes près du port de Valparaiso. La souche identifiée dans les volailles est identique à la souche pandémique de la grippe porcine qui circule actuellement chez l’homme au niveau mondial. La découverte du virus chez les dindes ne constitue pas de menace immédiate pour la santé humaine, précise la FAO. La viande de dinde peut continuer à être commercialisée après avoir été transformée dans le respect des règles d’hygiène et avoir fait l’objet d’inspections vétérinaires. La notification sans délai par les autorités chiliennes aux organisations internationales, la mise en place de mesures de quarantaine temporaires, la décision de laisser les oiseaux infectés récupérer plutôt que de les abattre systématiquement est une réaction scientifiquement bien fondée, a commenté le vétérinaire en chef de la FAO, Juan Lubroth. Dès lors que les oiseaux malades ont récupéré, la production et la transformation peuvent continuer en toute sécurité. Ils ne présentent aucun danger pour la chaîne alimentaire, a-t-il ajouté. Le spécialiste note que le Chili ne déplore aucun cas de grippe aviaire H5N1. En Asie du Sud-Est, où il existe un taux élevé de circulation du virus de la grippe aviaire, l’introduction du H1N1 serait plus inquiétante, relève la FAO.Ce risque de réassortiment entre le virus H1N1 et le virus H5N1, qui rendrait plus dangereuse la grippe pandémique, conduit la FAO à préconiser une meilleure surveillance de la santé animale. Il faut notamment que les ouvriers agricoles se protègent en présence d’animaux malades et empêcher que les travailleurs malades de la grippe A/H1N1 entrent en contact avec les animaux. Le Chili est le quatrième pays à avoir signalé la transmission aux animaux du virus de la grippe A/H1N1 par des ouvriers agricoles montrant des symptômes de grippe. Auparavant, des cas d’infection ont été signalés au Canada, en Argentine et en Australie, précise la FAO.