"Elle pleure depuis deux jours parce qu’elle a perdu ses Alouette"

Mercredi après-midi, quelque quatre cents personnes, ministre de la Défense en tête, se sont rassemblées à Bierset pour saluer une dernière fois l’Alouette II, un petit hélico d’exception construit à 1305 exemplaires. Entré en service chez nous le 26 octobre 1959, l’Alouette allait juste fêter son cinquantenaire sous nos couleurs.

DS
"Elle pleure depuis deux jours parce qu’elle a perdu ses Alouette"
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Mercredi après-midi, quelque quatre cents personnes, ministre de la Défense en tête, se sont rassemblées à Bierset pour saluer une dernière fois l’Alouette II, un petit hélico d’exception construit à 1305 exemplaires. Entré en service chez nous le 26 octobre 1959, l’Alouette allait juste fêter son cinquantenaire sous nos couleurs. "On les croyait immortelles", commente Gérard Gaudin, de l’agence Belga. Eh oui, elles étaient théoriquement bonnes pour le service jusqu’en 2011, mais la raison budgétaire leur a coupé les pales.

C’est un pan d’histoire de l’armée belge et de l’aéronautique en général qui s’achève. Une machine conçue et construite par la société française Sud Aviation, future Aérospatiale. De petites étiquettes, sur les réservoirs ou ailleurs, témoignent de cette glorieuse origine. Sud Aviation, qui conçut aussi la Caravelle

Au temps de sa conception, cet hélicoptère était à la pointe du progrès : l’Alouette II est, en 1955, la première voilure tournante équipée d’une turbine à gaz. En 1951, son prototype était encore mû par un moteur à pistons Son seul défaut était de n’en avoir qu’une, de turbine. Pour des raisons de sécurité bien sûr, mais l’Artouste, et plus encore l’Astazou - du nom de pics pyrénéens -, sont des moteurs fiables.

Avec nos cocardes, l’Alouette II en a vu de toutes les couleurs, au sein de l’Aviation légère où, pour les missions d’observation, il remplaçait des avions Piper Super Cub. Dès son arrivée, en 1959, il a été mis en service au sein d’unités stationnées en Allemagne, où sont basées les 16e, 17e et 18e escadrilles. La 15e elle, est à Brasschaat, avec l’école de pilotage. La 255e Compagnie est en support. Un temps, on vit deux patrouilles de démonstration montant la machine : les Red Pitch et les Blue Bees.

Très vite aussi, nos Alouette sont engagées en Afrique. Trois sont livrées à la Force publique congolaise, d’autres partent en mission au Ruanda-Urundi, qui accède à l’indépendance. On l’y reverra en 1993. L’Alouette belge, on l’a vue en Antarctique (1964-1967). En 1978, elle saute sur Kolwezi, ou presque, car c’est un C-141 Starlifter de l’US Air Force qui l’amène. En 1988, elle chasse les sauterelles au Maroc. Et la Somalie en 1992, et toutes les missions d’évacuation sanitaire, et, et

Et ça en fait, des souvenirs, dans la tête et le cœur de tous les anciens. Premier caporal-chef, Nicole Joostens a été, toute sa carrière, en charge de vols sur l’hélico. Cadeau, fleurs, photo avec M. De Crem. "Elle pleure depuis deux jours parce qu’elle a perdu ses Alouette", explique le commandant aviateur Thierry Camberlain.

Aux vétérans, les trois Alouette en état de vol, A69, A61 et A64, offrent un dernier ballet, tout en élégance. A chaque passage du trio, les cœurs battent plus fort, les souvenirs affluent. Dixit le colonel en retraite Bill Tersago, qui en a sué, des gouttes, dans l’appareil : "A chaque avion qui s’en va, on sent qu’on vieillit."