Des adolescents bombardés d’images trop belles pour être réelles

C'est à eux que s'adresse un module éducatif, baptisé "Body Talk", visant à travailler sur l'estime de soi.

L.D.

"Les photos envoyées aux magazines sont toutes traitées numériquement pour que les modèles aient l’air parfait. Il n’y a rien, absolument rien qui ne puisse être modifié. Ce que tu vois n’est pas vraiment ce que tu vois. Alors, la prochaine fois que tu martyriseras ton corps pour ressembler exactement à quelqu’un qui n’existe pas, dis-toi qu’il n’y a pas que l’image qui est manipulée." Cette petite voix qui accompagne un clip de 4 minutes 30, aussi dynamique que convaincant, s’adresse aux adolescents, et plus particulièrement aux jeunes âgés de 11 à 14 ans. L’outil s’inscrit dans le cadre d’un module éducatif initié par la marque Dove et intitulé "Body Talk"(1). L’idée ? Travailler, en classe, sur l’estime de soi et aider les adolescents à se construire une image positive d’eux-mêmes. Comment ? Par le biais de plusieurs outils (CD-Rom, manuel destiné aux enseignants ) élaborés par des experts en troubles du comportement alimentaire, en collaboration avec une spécialiste en psychologie clinique et de la santé.

Cela fait quelques années déjà que la marque de soins a choisi de montrer la femme telle qu’elle est, généralement un peu plus enveloppée qu’elle ne s’affiche dans les magazines, le visage moins lissé, le cheveu parfois même argenté Un parti pris qui lui a réussi, simplement parce que, dans ces mannequins du quotidien, les consommatrices se reconnaissaient enfin. A se demander, finalement, s’il est nécessairement toujours utile de tronquer la réalité, de tromper le chaland, de lui faire miroiter d’inaccessibles rêves, de le bombarder sans cesse d’images trop belles pour être réelles Des messages d’autant plus pernicieux qu’ils s’adressent à des adolescents souvent influençables et à la recherche d’une plus grande confiance en eux. Or à ces images faussées auxquelles ils croient devoir ressembler, ils sont confrontés dès leur tout jeune âge. Il suffit pour s’en rendre compte d’analyser les mensurations de la poupée Barbie. Curieuse femme quand même dont la taille et la tête ont la même circonférence, dont le cou s’avère deux fois plus long qu’un cou humain moyen, les jambes 50 % plus longues que les bras alors que, chez la femme, ce rapport est de l’ordre de 20 %. Itou pour la trop belle constitution de Ken

(1) Voir "La Libre" des 20 et 21 juin 2009, Momento. Le matériel Body Talk est gratuitement mis à disposition des écoles via le bon de commande disponible sur le site www.campagnepourtouteslesbeautés.be