"Ceux qui contestent le sondage peuvent organiser un recensement"

Edgar Fonck, le président de l'APFF commente le sondage et sa raison d'être.

C. Le

En démocratie, les citoyens ont le droit de se prononcer sur base de données claires et exactes. Or, depuis que pour répondre à une exigence flamande, le volet linguistique du recensement décennal a été supprimé, personne ne peut savoir exactement combien de francophones il y a en Flandre. C’était même un dossier classé top secret. Nous apportons aujourd’hui la réponse : il y en a 367 000."

Edgar Fonck, l’animateur dont ce n’est pas un cliché d’affirmer qu’il est vraiment infatigable pour porter à bout de bras l’Association pour la promotion de la francophonie, en Flandre, n’est pas peu fier de l’étude qu’il présente aux lecteurs de "La Libre" et à ses lecteurs des "Nouvelles de Flandre".

A ses yeux le sondage, mais surtout ses résultats, sont moins un joli coup médiatique qu’une contribution au grand "pow wow" communautaire qui ne manquera pas de renaître de ses cendres dans les prochaines semaines lorsqu’on reparlera de BHV, mais aussi de la réforme de l’Etat dans son ensemble

Il émet aussi sincèrement l’espoir que les membres du gouvernement flamand, Geert Bourgeois en tête, prendront connaissance de ses résultats

C’est que, contrairement à une noria d’idées reçues, l’enquête de Dedicated Research donne une image différente de la manière dont les francophones vivent leur intégration en Communauté flamande de celle véhiculée notamment par la Nieuw-Vlaamse Alliantie et répétée à plus d’une reprise, ces derniers jours. Pour rappel, Geert Bourgeois insiste plus que jamais sur la "inburgering", entendez l’insertion citoyenne dont la priorité des priorités, à ses yeux, doit être la connaissance de la langue de la région.

"Les nationalistes flamands ne cessent de reprocher aux francophones, en Flandre, de ne pas s’intégrer. A les en croire, ils refuseraient d’apprendre le néerlandais, poursuit Edgar Fonck. Mais les résultats du sondage vont à l’encontre de cette idée fausse puisqu’une écrasante majorité de francophones dit savoir s’exprimer en néerlandais. Et c’est aussi vrai dans la périphérie bruxelloise où l’on voit que trois francophones sur quatre disent le parler. Et ce n’est pas prêt de se terminer. N’en déplaise aux plus machiavéliques des nationalistes flamands qui prêchent la patience. Selon eux, le temps réglerait les affaires, car ils pensaient que les francophones étaient tous des vieux qui allaient s’éteindre. La pyramide des âges établie par la recherche va à contre-courant de cette affirmation."

Edgar Fonck n’est pas pessimiste pour l’avenir : lorsqu’il y a quelque temps, il a pu dire face aux téléspectateurs et aux lecteurs flamands que les francophones de Flandre n’avaient pas de visées impérialistes et demandaient simplement d’être respectés, il avait reçu énormément de réactions flamandes positives.

"Cela m’a fait prendre conscience du monde qui pouvait séparer les politiciens flamands des Flamands eux-mêmes. L’homme de la rue fait preuve de bon sens. S’il n’en tenait qu’à lui, les problèmes linguistiques seraient résolus depuis longtemps. Au contraire d’un homme comme Bart De Wever qui, s’il ne cultivait pas l’exacerbation des différences entre francophones et néerlandophones, n’existerait pas politiquement parlant."

Là aussi, le président de l’Association pour la promotion de la francophonie en Flandre a quelque raison de se réjouir : "Notre enquête en montrant qu’un néerlandophone sur deux marque de l’intérêt pour notre culture confirme aussi que les francophones doivent cesser de croire et surtout de dire que la Flandre se replie sur elle-même; au contraire, elle montre par là qu’elle cultive toujours l’ouverture."

Reste à voir maintenant ce que le monde politique pourrait faire du sondage. A l’APFF, l’on n’ose croire que les décideurs flamands et francophones l’écarteront du revers de la main en arguant qu’il ne s’agit que d’une enquête d’opinion. "Nous avons brisé un tabou historico-politique et, pour la première fois depuis un demi-siècle, on peut y voir clair. Bien sûr, les irréductibles du nationalisme flamingant ne manqueront sans doute pas de contester la valeur scientifique de notre sondage . Nous leur répondons par anticipation : Si vous le rejetez tel quel, il n’y a plus qu’à rétablir le recensement linguistique. Chiche. Pour nous, il est temps d’affronter la réalité en face. Nous ne pouvons plus continuer dans cette voie et c’est pourquoi nous en appelons aux négociateurs de demain, francophones comme néerlandophones d’ailleurs."

Dernière précision utile, les francophones de Flandre veulent être reconnus comme minorité culturelle et ne réclament certainement pas des facilités de La Panne aux marches des Pays-Bas et de l’Allemagne. Un véritable accord culturel entre a Flandre et la Communauté française serait déjà un superbe cadeau d’anniversaire