Van Rompuy garde la tête froide

Vendredi 13. Jour idéal pour jouer et parier. Alors, partira, partira pas, Herman Van Rompuy ? Au sein du gouvernement belge, on a du mal à évaluer les chances européennes du Premier ministre belge. La question est de savoir si le temps qui passe joue en sa faveur ou non. Martens: Van Rompuy n'acceptera le poste à l'UE que s'il ne peut faire autrement Van Rompuy se dévoile devant le groupe de BilderbergLes Flamands préfèrent Verhofstadt à Leterme comme Premier ministre

V.d.W.
Van Rompuy garde la tête froide
©Photonews

Vendredi 13. Jour idéal pour jouer et parier. Alors, partira, partira pas, Herman Van Rompuy ? Au sein du gouvernement belge, on a du mal à évaluer les chances européennes du Premier ministre belge. La question est de savoir si le temps qui passe joue en sa faveur ou non. Et là, les ministres se divisent en deux camps : il y a ceux qui estiment que son tour est passé. Et ceux qui, au contraire, pensent qu’en prenant la peine de s’intéresser à ce petit homme inconnu, les autres chefs d’Etat et de gouvernement ont découvert une personnalité riche, attachante, voire convaincante. L’homme qu’il faut.

Pour le principal intéressé, en tout cas, la vie continue comme si de rien n’était. Car qu’il soit promis à un bel avenir européen, en devenant le premier président du Conseil européen, ou qu’il reste ici, en Belgique, à tenter de gérer nos petites querelles communautaires, Herman Van Rompuy a pris du galon.

Vendredi matin, ses collègues ministres étaient particulièrement impatients de le revoir. Car depuis qu’il est devenu le chouchou européen de Sarkozy et Merkel, il n’y avait plus eu de conseil de cabinet. Chacun l’épiait donc avec une intensité particulière lorsque, vers le coup de 8 h 30, il a ouvert le traditionnel "kern", la réunion des Premier et vice-Premier ministres. "Peut-être était-il un peu plus détendu que d’habitude", souligne un ministre. Mais, avec lui, il est parfois bien difficile de savoir ce qu’il pense. "A y regarder de plus près, on pourrait deviner une certaine jubilation intérieure", confie un autre. "En tout cas, il ne veut pas donner l’impression qu’il va ou qu’il a envie de partir Sans doute est-ce une manière de se protéger au cas où ", estime un troisième.

Car les plus anciens ont tous en mémoire la mésaventure survenue il y a dix ans à Jean-Luc Dehaene, qui devait devenir président de la Commission européenne. "Tout était fait. Même John Major lui avait donné l’assurance qu’il voterait en sa faveur. Cela, Herman le sait puisqu’il a vécu cet épisode de très près. Ces Anglais, c’est notre cauchemar Moi je pense qu’il y croit toujours et qu’il sera, en fait, très déçu s’il n’est pas choisi", explique un proche du dossier.

Est-ce pour détendre l’atmosphère ou pour désamorcer certaines plaisanteries ? Toujours est-il que, vendredi, le Premier ministre s’est permis l’un ou l’autre commentaire.

Ainsi, lors du déjeuner qui a suivi le Conseil des ministres, organisé exceptionnellement au château de Val Duchesse, Herman Van Rompuy a glissé, concernant un dossier particulier : "Ça, c’est une question qui devra être débattue avec le prochain président du Conseil européen et je ne manquerai pas de lui en parler "

Plus tard, abordant la présidence de l’Union, Herman Van Rompuy a évoqué le "rôle plus effacé que lui-même et le ministre des Affaires étrangères auraient à remplir quand l’Europe sera passée sous le régime du Traité de Lisbonne". A ce moment-là, en effet, les chefs de gouvernement et les ministres des Affaires étrangères seront en effet coiffés par le président permanent du Conseil et le Haut représentant aux Affaires étrangères de l’Union.

Autre exemple : dans la matinée, un échange assez musclé avait opposé Didier Reynders et d’autres membres du gouvernement, le ministre des Finances se plaignant qu’une majorité alternative ait voté, au Parlement, l’interdiction de fumer dans les bars. Ce qui provoqua la sortie courroucée de Joëlle Milquet, vice-Première ministre, considérant que s’il y avait un acte de déloyauté hautement plus important, c’était bien celui posé par Denis Ducarme, député MR, lequel a estimé qu’Herman Van Rompuy ne pouvait devenir président du Conseil européen parce que la Flandre "continue à violer la libre circulation et le libre établissement "

Et Van Rompuy ne put s’empêcher de laisser tomber :

- Incroyable, incroyable.

Bilan de la journée dressé par un ministre: "Oui, je pense qu’à présent, Herman a envie d’y aller alors que, sincèrement, au début, il a été surpris que son nom circule." Herman Van Rompuy a-t-il donc présidé un de ses derniers Conseils des ministres ? Plusieurs collègues s’interrogent, mi-inquiets, mi-résignés sur ce que seront les mêmes réunions avec le plus que probable successeur d’Herman Van Rompuy : Yves Leterme. "C’est vrai qu’il y a comme une certaine résignation. Mais maintenant, Yves, on le connaît, on l’a vu fonctionner. Et il n’est pas interdit de penser que l’homme pourra s’améliorer."

Puisque ce sont les ministres qui le disent