Influenza: "Mieux vaut être trop préparé que l’inverse"

Alors que les accusations fusent à l’encontre de l’OMS, soupçonnée d’avoir cédé aux pressions des laboratoires pharmaceutiques pour exagérer le danger du virus H1N1 (voir ci-dessous), nous avons voulu faire le point avec Daniel Reynders, le médecin coordinateur stratégique de la cellule Influenza, mise en place par le gouvernement.L’OMS, malmenée, se défend d’avoir subi des pressions pour déclarer la pandémie

Influenza: "Mieux vaut être trop préparé que l’inverse"
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Xavier Ducarme

Entretien

Alors que les accusations fusent à l’encontre de l’OMS, soupçonnée d’avoir cédé aux pressions des laboratoires pharmaceutiques pour exagérer le danger du virus H1N1 (voir ci-dessous), nous avons voulu faire le point avec Daniel Reynders, le médecin coordinateur stratégique de la cellule Influenza, mise en place par le gouvernement.

Quel est l’état de la situation actuellement en Belgique?

Depuis environ trois semaines, nous nous situons en-dessous du seuil épidémique. Mais cela ne veut pas dire que le virus ne circule plus. Il y a encore de nouveaux cas tous les jours.

Combien?

Selon le dernier rapport du 21 janvier, il y a eu la semaine précédente encore 844 cas de grippe H1N1, ce qui porte le nombre total de personnes contaminées dans notre pays à 210 715.

Et combien de morts?

Actuellement, 17 décès sont attribués à des complications liées à une infection grippale. Il y a par ailleurs cinq personnes qui sont mortes après avoir été vaccinées. Mais aucun lien de cause à effet n’a été établi avec le vaccin. Il s’agissait en fait de personnes qui étaient déjà très malades.

Est-il encore utile de se faire vacciner?

Les recommandations n’ont pas changé. Les personnes à risques sont toujours invitées à se rendre chez leur médecin généraliste pour se faire vacciner. Je le répète: nous sommes toujours en période grippale, le virus circule toujours. Et une remontée du nombre de cas n’est certainement pas à exclure. Rien ne dit que l’on n’atteindra pas à nouveau le seuil épidémique.

Combien de personnes reste-t-il à vacciner?

Nous estimons que le nombre de personnes déjà vaccinées se situe entre 1,5 et 2 millions. Notre objectif est d’atteindre 3 millions de personnes. Donc, on peut dire que près des deux tiers de la population que l’on voulait vacciner le sont aujourd’hui.

Les conseils d’hygiène qui ont été dispensés en septembre dernier restent-ils d’application?

Certainement. Ces mesures permettent d’éviter la contamination.

A partir de quel moment cette période grippale aura-t-elle disparu? Quand pourra-t-on se dire qu’il n’y a plus lieu de s’inquiéter?

Dans 18 mois environ. Il y a probablement peu de chances, c’est vrai, que l’on soit confronté à un pic épidémique durant l’été. Mais le virus va continuer à circuler jusqu’à ce que tout le monde en soit immunisé naturellement. L’hiver prochain, le H1N1 contaminera encore des individus. Il est toutefois probable que le vaccin saisonnier inclura alors la souche H1N1.

En juillet dernier, vous estimiez à 4 000 le nombre de décès possibles en Belgique. Vous n’avez pas le sentiment de vous être trompé, d’avoir exagéré la menace?

Ce qu’on disait au mois de juillet était basé sur les informations dont on disposait à ce moment-là, sur base de ce qui se passait aux Etats-Unis et au Mexique. Mais il est exact de dire que le virus, à l’usage, ne s’est pas révélé aussi virulent que prévu. En fait, de nombreuses personnes ont été atteintes par la grippe sans s’en rendre compte.

A quoi attribuez-vous cette mauvaise prévision? Avez-vous été influencé par l’OMS accusée d’avoir exagéré la menace?

Non. Cela est seulement dû à la méconnaissance que l’on avait de ce nouveau virus pour lequel, je le rappelle, personne n’avait d’immunité et qui se transmettait très facilement d’homme à homme. Le virus aurait très bien pu être plus sévère. Cette variabilité biologique est imprévisible. En ce qui concerne l’OMS, je pense qu’elle a fait ce qu’elle avait à faire.

Vous ne regrettez pas avoir inquiété la population pour pas grand-chose, finalement?

Je préfère avoir à répondre à des questions qui me reprochent trop de préparation par rapport à ce qui s’est réellement passé plutôt que l’inverse.