L’endocrinologue, son ex-épouse et les deux "tantes à héritage"

Un jury composé de quatre femmes et de huit hommes aura à juger, au terme de leur procès devant la cour d’assises de Liège, le Dr Michel Letiexhe et son ex-épouse Marie Vossen, accusés d’avoir commis un double assassinat par injection mortelle d’insuline pour toucher les héritages de deux dames âgées. On pourrait croire l’histoire sortie de l’imagination d’un scénariste hollywoodien mais elle n’a rien de fictif et a le village de La Reid pour théâtre.

J.-C.M.

Un jury composé de quatre femmes et de huit hommes aura à juger, au terme de leur procès devant la cour d’assises de Liège, le Dr Michel Letiexhe et son ex-épouse Marie Vossen, accusés d’avoir commis un double assassinat par injection mortelle d’insuline pour toucher les héritages de deux dames âgées. On pourrait croire l’histoire sortie de l’imagination d’un scénariste hollywoodien mais elle n’a rien de fictif et a le village de La Reid pour théâtre.

C’est là qu’ont vécu Michel Letiexhe, 43 ans, (il nie les faits), diabétologue et endocrinologue à Liège et à Heusy, et son ex-épouse, Marie Vossen, 40 ans.

Nous sommes aux alentours du 20 décembre 2005. Le Dr Letiexhe vient de faire prendre Marie en flagrant délit d’adultère avec un professeur de l’université de Liège. Le 26 décembre, Mme Vossen quitte le domicile familial. La procédure de divorce est lancée. Le Dr Letiexhe compte exploiter le flagrant délit pour échapper à la pension alimentaire que lui réclame sa femme.

Mais il va tomber dans un piège tendu par celle-ci qui, le retrouvant à l’ancien domicile conjugal, le fait boire puis parler de la mort suspecte, en février 2001, de Josée Jolémont, marraine de Marie Vossen, et de celle, en janvier 2002, de Berthe Loix, une amie de Mme Jolémont, que Michel Letiexhe avait aidée dans ses démarches administratives après la mort de son mari.

Munie de l’enregistrement de cette conversation compromettante, Marie Vossen aurait fait "chanter", le Dr Letiexhe. C’est du moins ce que raconte à la police, en février 2007, une certaine Christine S., qui prétend avoir été la maîtresse du médecin de février à juillet 2006. Le Dr Letiexhe se serait confié à elle pendant cette période et elle aurait, elle-même, découvert, à La Reid, une lettre signée Marie Vossen dans laquelle l’ex-épouse accusait clairement le carabin d’avoir fait passer les deux dames de vie à trépas.

Dans quel but ? Capter leur héritage. Informés par Christine S., qui prétendra n’avoir pu vivre plus longtemps seule avec ce secret, les enquêteurs (l’affaire a été mise à l’instruction en mars 2007) vont découvrir un second courrier du même tonneau et saisir l’enregistrement de la conversation au cours de laquelle Michel Letiexhe est passé aux aveux.

Interrogée, Marie Vossen a raconté que son ex-mari aurait drogué le contenu d’une coupe de champagne alors que le couple recevait "marraine" Josée à la maison. Il s’inquiétait de la voir dilapider en voyages l’argent qu’elle destinait à sa filleule, argent qu’elle avait confié au couple (il se trouvait dans un coffre de la villa) et qu’elle s’apprêtait à rapatrier. Josée aurait fait un malaise et le médecin lui aurait administré une piqûre mortelle d’insuline. Betty Loix, dite "tante Betty", aurait subi le même sort le lendemain du jour où elle avait fait de Marie Vossen son héritière.

Interrogé lundi, le Dr Letiexhe, incarcéré depuis avril 2007, a continué à nier et à qualifier de "jeu de rôles à caractère sexuel" la conversation enregistrée à son insu. Il plaidera l’acquittement. Son ex-femme dit, quant à elle, avoir été mise devant le fait accompli.