Le délai pour l'avortement est-il trop court?

La loi qui dépénalise l’avortement jusqu’à 12 semaines a bientôt 20 ans. Pour Laurette Onkelinx, “ça vaut la peine de réfléchir à ce délai”. IVG: le délai de 12 semaines pourrait être prolongé Une "Marche pour la vie" dimanche à Bruxelles

Le délai pour l'avortement est-il trop court?
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An.H.

La loi belge sur l’avortement a bientôt 20 ans. Le 3 avril 1990, le Parlement votait la loi Lallemand-Michielsen dépénalisant partiellement l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Les femmes en situation de détresse peuvent avorter jusqu’à 12 semaines de grossesse (14 semaines d’aménorrhée ou absence de règles); les médecins qui pratiquent des IVG en suivant les conditions précisées dans la loi n’encourent pas de poursuites judiciaires.

Vingt ans plus tard, faut-il envisager des modifications de la loi existante ? Cette question, comme d’autres sur l’impact éventuel de la crise sur la décision des femmes de recourir à un avortement ou l’efficacité des efforts de prévention en matière de contraception, était au centre d’une rencontre-débat organisée par le Parti socialiste jeudi midi au Parlement. Pour le PS, cette "législation fondamentale" marque la victoire du droit pour chaque femme de disposer librement de son corps.

Après deux décennies de dépénalisation, une conclusion s’impose pour Laurette Onkelinx, vice-Première ministre PS et ministre de la Santé : "Les femmes ne meurent plus des suites d’un avortement." Dans 99 % des cas, les patientes qui ont subi une IVG n’ont eu aucune complication. "En termes de santé et de survie, c’est un acquis extraordinaire."

Le temps des aiguilles à tricoter et des "faiseuses d’anges" n’est pourtant pas si éloigné, embraie le professeur Yvon Englert, chef du service de gynécologie de l’Hôpital Erasme. "Quand j’étais gamin, il y avait une pharmacie en face de chez moi. Un matin, le volet ne s’est pas levé, raconte-t-il. L’officine n’a plus jamais ouvert. Mes parents m’ont expliqué que la pharmacienne, qui faisait des avortements à l’arrière, avait été arrêtée parce qu’une femme était morte."

C’était il y a 40 ans "Le problème de l’interruption de grossesse et des avortements clandestins, cela existait vraiment chez nous. C’est difficile de ne pas avoir un aspect ancien combattant : pour nous, le droit à l’avortement, c’était un combat. Aujourd’hui, pour la jeune génération, c’est une évidence."

Mais la vigilance reste de mise pour la préservation de cet important acquis social, souligne Christie Morreale, vice-Présidente du PS. Au niveau européen, les conservateurs et les religieux agissent pour empêcher la dépénalisation de l’avortement ou détricoter les législations existantes, poursuit-elle.

"Rien n’est jamais acquis. Certains en Belgique aussi estiment encore que ce combat réussi pour le respect des libertés individuelles n’est pas légitime. Il faut rester vigilant", enchaîne le sénateur PS, Philippe Mahoux.

Avec 15 IVG pour 100 naissances, la Belgique garde, en comparaison avec les pays voisins, un taux d’avortements qui reste bas, observe le professeur Yvon Englert.

Il reste que chaque année, un millier de femmes qui souhaitent avorter doivent être orientées vers l’étranger - aux Pays-Bas surtout - parce qu’elles ont dépassé le délai légal de 12 semaines de grossesse au cours duquel une IVG peut être pratiquée en Belgique. "Le délai est peut-être un peu court pour certaines femmes qui n’habitent pas dans les grands centres, qui sont isolées, qui n’ont pas accès à l’information et s’y prennent trop tard quand elles se rendent compte qu’elles sont enceintes", avance la ministre Onkelinx. "Ça vaut la peine d’y réfléchir. Il faut oser mener la réflexion sur le sujet."

Cela dit, aucune proposition de loi en ce sens n’est pour l’heure dans les cartons socialistes. Le PS sait bien qu’il marche sur des œufs : initier une modification de la loi doit être envisagé en pesant minutieusement le pour et le contre, y dit-on.

La commission d’évaluation de la loi IVG, censée donner une image de l’avortement en Belgique, est loin d’être satisfaisante, y ajoute-t-on. Les statistiques ne disent rien du moment où l’avortement a été réalisé (à 6, 10, 14 semaines ?); reprennent l’état civil des patientes mais on ne sait rien de leur situation réelle (célibataire en couple ou seule ?); les motifs repris pour demander une IVG restent vagues et peu indicatifs. Yvon Englert, ardent défenseur d’un instrument épidémiologique correct, regrette cette situation. Au PS, on espère qu’un jour, l’Institut de Santé publique en sera chargé, comme il le fait pour les autres pratiques médicales.

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