Le carrousel ne tourne plus

Ça claque comme un coup de trique. Mardi, en commission de l’Intérieur du Parlement flamand, le ministre Geert Bourgeois a mis à exécution ce que son président de parti, Bart De Wever, annonçait le matin même dans "La Libre": "Jamais, les trois bourgmestres francophones de la périphérie ne seront nommés".

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M.Bu.

Ça claque comme un coup de trique. Mardi, en commission de l’Intérieur du Parlement flamand, le ministre Geert Bourgeois a mis à exécution ce que son président de parti, Bart De Wever, annonçait le matin même dans "La Libre": "Jamais, les trois bourgmestres francophones de la périphérie ne seront nommés" Le N-VA Geert Bourgeois a donc expliqué avoir envoyé des lettres dans ces trois communes à facilités de la périphérie bruxelloise (Linkebeek, Crainhem, Wezembeek-Oppem) demandant aux conseils communaux de présenter à la nomination d’autres candidats bourgmestres que Damien Thiéry, Arnold d’Oreye et François van Hoobrouck.

Cette décision a été prise avec l’accord formel et explicite du ministre-Président flamand, le CD&V Kris Peeters: "Kris Peeters était tout à fait au courant que cette décision allait être prise, confirme-t-on au cabinet de Geert Bourgeois, et il a indiqué qu’il n’avait aucun problème avec cela". Reste que le calendrier de cette décision est fortement contesté par une partie du CD&V. Ainsi Marianne Thyssen, la présidente du parti, a-t-elle assuré à plusieurs de ses collègues, mardi, qu’elle avait tout mis en œuvre pour éviter une telle décision... Quoi qu’il en soit, la schizophrénie communautaire du CD&V apparaît frappante.

Le gouvernement flamand met donc un terme au carrousel des nominations qui tourne depuis les élections communales de 2006 - date à laquelle ces trois maïeurs avaient été élus à une large majorité. "J’espère pouvoir nommer d’autres personnes aussi rapidement que possible, expose Geert Bourgeois. Chaque commune flamande mérite des dirigeants responsables". Rappel, "la faute" originelle de ces trois bourgmestres libéraux, selon la Région flamande qui a la tutelle en la matière, est d’avoir envoyé les convocations électorales en français aux habitants francophones de leur commune - ce qui contrevient aux circulaires linguistiques en vigueur en Flandre.

"Je suis outré par ces méthodes fascisantes, commente Damien Thiéry, le bourgmestre de Linkebeek. Ce sont des méthodes qui vont complètement à l’encontre de tout principe démocratique, et nous ne nous laisserons pas faire. C’est absolument scandaleux".

Concrètement, alors que Geert Bourgeois demande aux conseils communaux de présenter d’autres "candidats valables", il apparaît hautement improbable qu’il obtienne satisfaction. En effet, tant à Linkebeek qu’à Crainhem ou Wezembeek, les francophones disposent de majorité absolue. Et aucun conseiller des 4 partis francophones ne se désolidarisera de la ligne commune en la matière. L’hypothèse la plus vraisemblable est donc que la Région flamande doive déléguer dans ces trois communes des commissaires du gouvernement afin de gérer les affaires communales

Ce torpillage des bourgmestres francophones intervient à quatre semaines de l’échéance du conflit d’intérêts au Parlement sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Et en pleine mission de "déminage" du CD&V Jean-Luc Dehaene. Celui-ci devrait proposer un paquet de réformes lors de la seconde moitié du congé pascal - mais cette poussée de fièvre hypothèque lourdement son travail. Ainsi le MR et le FDF n’ont-ils pas l’intention d’accepter la scission de l’arrondissement bilingue de Bruxelles-Hal-Vilvorde si la contrepartie n’est pas l’élargissement de la Région bruxelloise aux communes à facilités. "Si Kris Peeters confirme la décision de son ministre Geert Bourgeois, ce n’est même plus la peine de parler avec Jean-Luc Dehaene, à part de Dexia", souligne un négociateur francophone pour pointer le fait que le CD&V est coresponsable de cette poussée de fièvre communautaire avec la N-VA.

"Nous avons le soutien de tous les partis francophones, rappelle Damien Thiéry. Je ne veux pas que l’avenir de la Belgique soit mis en jeu pour cette décision scandaleuse mais, d’un autre côté, on ne peut pas laisser passer cela non plus. Qu’est ce que ça veut dire? Qu’on impose aux gens d’aller voter et qu’on ne tient pas compte de leur avis? Toutes les bornes ont aujourd’hui été dépassées", conclut le bourgmestre de Linkebeek.