"Le problème de mon père est qu’il a la tête de l’emploi"

Le cheikh Bassam Ayachi est-il le chef de la branche belge d’al Qaeda, tel que le dépeignent les enquêteurs italiens, ou un homme de bon cœur, aimé des fidèles du Centre islamique belge de Molenbeek et qui, comme sa fille l’indique, "a le malheur d’avoir la tête de l’emploi, c’est-à-dire un turban et une barbe" ?

"Le problème de mon père est qu’il a la tête de l’emploi"
©BELGA
Ch. Ly.

Le cheikh Bassam Ayachi est-il le chef de la branche belge d’al Qaeda, tel que le dépeignent les enquêteurs italiens, ou un homme de bon cœur, aimé des fidèles du Centre islamique belge de Molenbeek et qui, comme sa fille l’indique, "a le malheur d’avoir la tête de l’emploi, c’est-à-dire un turban et une barbe" ?

Hier, sa famille et ses avocats ont en tout cas plaidé sa cause et demandé lors d’une conférence de presse que justice soit faite - si elle doit se faire.

Ayachi avait été arrêté en compagnie de Raphaël Gendron à Bari (Italie) le 11 novembre 2008 pour avoir tenté de faire passer cinq clandestins qu’il dit avoir rencontrés sur le bateau qui fait la navette entre la Grèce et l’Italie et admis dans son véhicule par sympathie et générosité.

L’affaire en reste là jusqu’au mois de mai 2009 quand la justice italienne, après des commissions rogatoires en Belgique et en France, dresse un acte d’accusation qui en fait des exaltés du djihad et surtout les accuse d’avoir préparé un attentat contre l’aéroport "Charles De Gaulle" à Paris.

L’acte d’accusation est un résumé de toutes les dernières affaires de terrorisme en Belgique. On y retrouve les mêmes noms qui circulent d’une affaire à une autre. Raphaël Gendron, un Français de 34 ans, écopa en appel d’une légère peine pour avoir géré le site Assabyle.com qui colporta plusieurs textes à relents antisémites. Ayachi, qui n’a jamais été inculpé en Belgique, défraya la chronique pour avoir marié religieusement Malika avec l’homme qui allait assassiner le commandant Massoud.

La pièce "la plus inquiétante" du dossier, selon les Italiens, est l’enregistrement d’une conversation que les deux hommes ont tenue, le dimanche 14 décembre 2008 vers 7 heures du matin, dans leur cellule de Bari. Le micro d’ambiance de la police italienne capte des bribes de conversation car les voix sont basses et recouvertes en partie par le son de la télévision. Il est question de "djihad", de "Paris", de "frapper", de l’ "aéro" et puis de "De Gaulle". Dans leurs conversations, enregistrées pendant plusieurs semaines, les deux hommes parlent souvent de guerre sainte. Les Italiens trouveront aussi sur Gendron une clé USB contenant le testament présumé de Hicham Beyayo, dont le procès vient de se terminer à Bruxelles.

A propos du projet d’attentat sur l’aéroport, Me Sébastien Courtoy, l’un des avocats avec Me Christophe Marchand, dénonce une "affirmation fantaisiste" à un moment où "une loi sécuritaire de Berlusconi devait être votée en Italie et à quelques jours des élections européennes". Selon lui, Raphaël Gendron n’a pas dit "De Gaulle" mais "goal !" parce qu’un but venait d’être marqué à la télévision

Depuis mai, les deux hommes sont toujours détenus préventivement. Cheikh Bassam, 63 ans, a été entre-temps opéré du cœur. La France n’a pas demandé son extradition. Les avocats et la famille s’interrogent. Si la Belgique et la France ne veulent pas de lui, que vont faire les autorités italiennes ?

Cheikh Bassam, un Français d’origine syrienne, s’est installé en Belgique dans les années 90 pour y prêcher un islam salafiste. Il a cinq enfants en Belgique et huit en Syrie.

"Le problème de mon père, c’est qu’il a la tête de l’emploi", dit l’une de ses filles, universitaire en Belgique. "Un turban, une barbe (...) C’est un homme qui dérange." "Les services secrets italiens lui ont proposé de travailler pour eux - salaire mensuel, maison, etc... - à la condition qu’il se déclare terroriste et qu’il dénonce les personnes qu’ils désigneraient, eux, comme terroristes", ajoute la jeune femme. "Il a refusé."