Le danger est-il derrière chaque coin de rue?

Braquages dans les bijouteries, car-jacking meurtriers, délinquance, conflits entre bandes urbaines, etc. A écouter les médias, on a l'impression que le danger est partout. Cependant, avant de faire vos provisions et de vous reclure dans un bunker, lisez cet article. La criminologue, Sibylle Smeets, nous aide à démêler le vrai du faux en matière d'insécurité.

Le danger est-il derrière chaque coin de rue?
©Bernard Demoulin
Manon Libert (st.)

Nos villes sont-elles devenues de véritables coupe-gorge?

Rien ne permet de l'affirmer. Il n'existe aucun instrument de mesure fiable pour évaluer la criminalité. Comme l'explique Sibylle Smeets, chercheuse au Centre de recherches criminologiques de l'ULB: «les seuls chiffres dont nous disposons sont ceux des institutions policières et judiciaires. Les statistiques policières, par exemple, nous renseignent plus sur l'efficacité de la police que sur la criminalité». Quelques études nous apprennent, cependant, que sur le long terme, la violence est en baisse.

Et si on avait « peur de la peur »...

Dans ce cas, comment expliquer que de nombreuses personnes se sentent moins en sécurité qu'auparavant? « La délinquance n'est pas plus grande. Elle est simplement plus visible! Avec l'omniprésence des médias, on découvre, chaque jour, de nouveaux actes de violence. Ils ont toujours existé mais on en avait pas conscience », précise Sibylle Smeets. Et si, on avait peur de la peur? C'est le sentiment d'insécurité qui est plus présent, pas la violence.

Existe-t-il des zones de non droit?

Ces dernières années, certaines autorités communales ont laissé entendre qu'il existe, à Bruxelles, des zones de non-droit. C'est-à-dire, des quartiers où les policiers ne s'aventurent pas: Cureghem à Anderlecht, le quartier maritime à Molenbeek, la porte de halle à Saint-Gilles, etc. « Faux », réplique Sibylle Smeets. « En Belgique, aucune zone n'échappe au droit. Par contre, dans certains quartiers, l'intervention de la police est différente. Les policiers n'osent pas s'y rendre à pied, de peur d'être insultés ou menacés. En générale, dans ces lieux, leurs interventions sont bien plus répressives».

Le mythe de la tolérance zéro

La répression peut-elle dissuader une personne de commettre une infraction? A Anderlecht, les autorités ont lancé, ces derniers mois, plusieurs opérations « tolérance zéro » afin de contrer l'augmentation des actes de violence. Elles disent avoir remarqué une diminution de la délinquance. D'après Sibylle Smeets, la tolérance zéro est un mythe: « ce slogan revient à dire que chaque problème peut donner lieu à une sanction. C'est tout simplement impossible. Ni la police, ni le parquet, ne pourrait suivre. De plus, ces opérations semblent peut-être fonctionner sur le coup. Cependant, à long terme, on se rend vite compte qu'elles ne sont d'aucune utilité face à la délinquance. La répression ne dissuade pas les gens!

sondage