« Nouvelles recrues: montez dans le bus. La visite va commencer. »

La majorité des policiers des six zones bruxelloises viennent du Brabant wallon, de Liège, d'Anvers, de Gand, de Namur, etc. Mais pas de la capitale...Et cela ne va pas sans poser quelques problèmes. INTW d'Olivier Maingain

« Nouvelles recrues: montez dans le bus. La visite va commencer. »
©IPM / ©Photo Olivier Pirard
Manon Libert (st.)

Il est vrai qu'à Bruxelles, les candidats ne se bousculent pas aux portes des écoles de police. Loin de là. Comme le fait remarquer Olivier Maingain, bourgmestre à Woluwé Saint-Lambert, « Dans une région qui accuse 20 % de chômage, comment est-ce possible de ne pas trouver les moyens de motiver un plus grand nombre de jeunes? ». L'obstacle du bilinguisme, le manque de motivation,... Il est difficile d'expliquer le désintérêt des jeunes bruxellois à l'égard du métier de policier. Pour y remédier, un système de mutation a été mis en place. Aujourd’hui, la majorité des policiers des six zones bruxelloises viennent du Brabant wallon, de Liège, d'Anvers, de Gand, de Namur, etc. Mais pas de la capitale...Et cela ne va pas sans poser quelques problèmes.

Vincent De Wolf, le bourgmestre d'Etterbeek, se remémore une anecdote: « Il y a quelques années, j'ai dû louer un minibus pour faire visiter Etterbeek aux nouvelles recrues! Dans le passé, les policiers étaient attachés à vie à leur commune. Maintenant, la majorité vient d'ailleurs. La vraie misère de la police à Bruxelles, c’est la mobilité!»

Ces recrues peuvent-elle réellement être efficaces si elles ne connaissent pas la ville? Si elles y sont déportées, malgré elles? « Ce sont souvent de très jeunes policiers qui viennent de sortir de l'école de police. Ils ne sont pas vraiment formés à travailler sur le terrain. Ils voient Bruxelles comme une ville dangereuse, sale. Pour parer à leur peur, certains jouent aux « cowboys»: ils accumulent les contrôles et peuvent se montrer agressifs », explique Sibylle Smeets, docteur en criminologie à l'ULB.

Régulièrement, ces recrues se retrouvent face à des jeunes de leur âge. Ils partagent les mêmes codes, le même sens de « l'honneur ». En uniforme, ils se sentent, en plus, investis d'une mission: défendre la réputation de l'institution. Quelques fois, ça tourne à l'escalade: « Si ils se sentent insultés, ils peuvent très mal réagir. Les anciens, eux, prennent plus de recul. Ils savent que les injures ne leur sont pas personnellement adressées. », précise Sibylle Smeets.

Elle plaide alors pour la mise en place d'un système de mentor. « Ça permettrait de compenser leur manque d'expérience et leur sentiment d'insécurité. Malheureusement, la plupart ne peuvent se vanter d'avoir plus de cinq ans d’expérience derrière eux ». En effet, après 5ans, le policier peut décider de retourner dans sa province. Ce qu'il fait le plus souvent. Dans la zone de police Montgoméry, seul 30 % d'entre eux décident de rester.

Comment les convaincre de ne pas quitter Bruxelles? Vincent De Wolf ne prétend pas pouvoir répondre à la question mais il avance une piste de solution: « Le policier devrait recevoir une prime « Grande-ville » pour compenser ses déplacements et le danger qu'il vit au quotidien. Cette indemnité pourrait peut-être le convaincre de rester en place».

Pour Olivier Maingain, fidéliser les policiers ne suffit pas: « Ce n'est pas compréhensible, qu'avec un tel taux de chômage, on ne mette pas en place des filières de préparation à l'école de police. Il faut donner aux jeunes les moyens de réussir l'examen. Nous avons un vrai potentiel de recrutement à Bruxelles, il faut maintenant motiver les jeunes qui sont au chômage. »