Portrait: Que cache la police sous l'uniforme?

Il est loin le temps où l’uniforme imposait l’obéissance. Il inspire, au contraire, de plus en plus de sentiments de rébellion. Les policiers sont des cibles: « Maintenant, on nous tend des guet-apens, on nous accablent d’injures ». Il n’est d’ailleurs plus question pour Daniel et ses deux collègues de rentrer chez eux en uniforme.

Portrait: Que cache la police sous l'uniforme?
©CLJ
Manon Libert (st.)

Daniel a 44 ans. Il est, aujourd’hui, gestionnaire de quartier à Evere. « J’ai fait ce choix, non par vocation, mais par défi. Mon père avait échoué aux examens d’entrées. Je voulais lui prouver que je pouvais les réussir. Je ne regrette, cependant, pas d'avoir suivi cette voie ». Cette décision lui apporte une sécurité d’emploi mais il n’en retire pas vraiment de satisfaction personnelle « Ce n’est pas comme un artisan qui a achevé une œuvre ou un commerçant qui a réussi une vente. C’est, quelques fois, difficile de rester motivé même si j'aime mon métier et que je suis heureux de pouvoir aider les autres ».

Il a débuté à la brigade d’intervention de Saint-Josse : « On était sans cesse confronté à la violence. Ce n’est pas toujours simple. Je ne sais pas si les gens se rendent compte à quel point c’est difficile de passer les menottes à quelqu’un, par exemple». Travailler dans l’intervention est loin d’être un long fleuve tranquille. C’est pourquoi, après plusieurs années, Daniel s’est rendu à l’évidence : il n’avait plus la capacité physique pour continuer à courir après les suspects. Il est alors devenu policier de quartier à Evere.

« Notre rôle, c’est d’être la première porte de contact avec le citoyen. Malheureusement, le vrai travail de proximité, c'est, quelques fois, difficile de le faire ». S’occuper des tâches administratives, lui demande presque tout son temps. Sur une journée de 10h, il ne dispose que de deux heures pour se rendre dans le quartier. Si il le pouvait, il prendrait son vélo et surveillerait les alentours. « Avant la réforme des polices, on ne parlait pas de proximité et pourtant, il y en avait plus ».

Ce qu’il manque également, de nos jours, c’est un certain respect pour l’institution policière. Comme l’explique, Christelle, une collègue de Daniel: « Aujourd’hui, les policiers n’effrayent plus que les enfants de cinq ans»! Daniel porte un regard nostalgique sur une époque bel et bien révolue : il est loin le temps où l’uniforme imposait l’obéissance. Il inspire, au contraire, de plus en plus de sentiments de rébellion. Les policiers sont des cibles: « Maintenant, on nous tend des guet-apens, on nous accablent d’injures ». Il n’est d’ailleurs plus question pour Daniel et ses deux collègues de rentrer chez eux en uniforme. « Je préfère éviter pour ma sécurité». Lorsque des inconnus demandent à Daniel quel est son métier, il répond « fonctionnaire ». Pour avoir la paix, en grande partie. Pour ne pas se mettre en avant, mais également pour sa sécurité et celle de ses proches. «Un policier commet une bavure et toute la profession le paye. On fait trop souvent des amalgames. »

Il a le sentiment qu’il existe une véritable impunité de la violence envers les policiers. « Si vous roulez un peu trop vite en ville, vous recevez une sanction. Par contre, bien souvent, si vous frappez un policier, vous n’écopez que d’un avertissement! Il ne pense, pourtant, pas que son métier est plus dangereux qu’un autre: « c’est un métier difficile mais est-ce vraiment plus risqué que d’être sur les routes toute la journée? ». D’après Daniel, les personnes qui en veulent à la police, sont, bien souvent, celles qui pensent qu’elle devrait être capable de tout résoudre. Une mission impossible. A ceux qui pensent que la police peut lutter contre la criminalité, il aimerait leur dire qu’elle essaye d’apaiser les tensions, mais que ce n’est pas qu'à elle de sanctionner!