L’abécédaire par Martin Buxant

A chterban (ou achterbank). Le terme est quasiment passé dans le dico francophone pour désigner l’arrière-ban(c) nationaliste flamand. Les durs à cuire de la N-VA pour qui un accord communautaire n’ira jamais assez loin. Ce sont les "caractériels" dont parlait Karel De Gucht. Note : à ne pas confondre avec le "Stratego Groep" de la N-VA, un groupe de 7 responsables vers lequel se tourne le président Bart De Wever pendant les négociations. Seconde note : le CD&V a, lui aussi, un achterban radical communautaire.

A chterban (ou achterbank). Le terme est quasiment passé dans le dico francophone pour désigner l’arrière-ban(c) nationaliste flamand. Les durs à cuire de la N-VA pour qui un accord communautaire n’ira jamais assez loin. Ce sont les "caractériels" dont parlait Karel De Gucht. Note : à ne pas confondre avec le "Stratego Groep" de la N-VA, un groupe de 7 responsables vers lequel se tourne le président Bart De Wever pendant les négociations. Seconde note : le CD&V a, lui aussi, un achterban radical communautaire.

B runeau. C’est dans ce restaurant bruxellois étoilé Michelin que, le 28 août dernier, le président du MR, Didier Reynders, a rencontré (avec Louis Michel) Bart de Wever et Siegfried Bracke. Au menu : une possible alliance entre ces deux forces politiques de centre-droit. Ce qui a ulcéré Elio Di Rupo et les autres négociateurs qui attendent De Wever. Trahison à la cause francophone, hurlent PS, CDH et Ecolo. Didier Reynders, lui, poursuit la rédaction du guide gastronomico-politique qu’il a entamée. Il déjeune avec le SP.A Johan Vande Lanotte à l’Ecailler du Palais royal. Puis, à Saint-Vith, au Zur Post avec d’autres libéraux. A table.

C haos. "Un accord ou le chaos" : c’est la formule choc employée par Elio Di Rupo le 30 août dernier alors que sa mission de préformation sombrait dans les limbes.

D uo. C’est la surprise du chef Albert II. En désignant, le samedi 4 septembre, André Flahaut et Danny Pieters comme médiateurs royaux, le Souverain a fait dans l’inattendu. Voire, persiflent des mauvaises langues, dans le folklorique. Le président du Sénat et celui de la Chambre, un nationaliste flamand et un socialiste francophone, meublent le terrain depuis lors, en recevant les sept partis. Leur mandat est (très) restreint et ils bossent sous le contrôle de leur président de parti respectif. Le numéro de GSM de Flahaut - "Dispo !" - a circulé à l’occasion de cette désignation puisqu’il l’avait donné durant sa campagne électorale. Allez, on vous l’offre : 0475/707018.

E lections. Le 13 juin dernier, elles ont sacré la N-VA de Bart De Wever (27 sièges) et le Parti socialiste de Di Rupo (26 sièges). Les autres formations politiques n’ont récolté que des miettes - à l’image du CD&V qui a perdu 10 parlementaires lors de ce scrutin. Vous avez dit élections ? Cent jours après le 13 juin, on évoque de plus en plus l’hypothèse d’un retour aux urnes comme unique voie de sortie à l’impasse politique.

F DF. Le parti amarante est au balcon, le MR ne participe pas aux négociations. Du coup, le lance-flammes communautaire du président Olivier Maingain a moins porté que, par exemple, lors des négociations d’avril dernier sous l’égide de Jean-Luc Dehaene. Et puis, il y a du tirage. Certains libéraux, Louis Michel pour ne pas le nommer, sont tentés de museler un peu plus le FDF afin d’entrer dans la négociation.

G ame over. C’est avec ce SMS que le vendredi 3 septembre à 16h13, un négociateur a averti la presse que le préformateur Di Rupo jetait l’éponge. A partir de là, tout s’est emballé

H umiliation. C’est ce qu’ont hurlé plusieurs négociateurs francophones, la semaine dernière, lorsque le président de la N-VA, Bart De Wever, a parlé du "fédéralisme de l’argent de poche" auquel s’accrochent les francophones. Ambiance.

I nderdaad. Voilà l’expression fétiche de l’ex-préformateur Elio Di Rupo dans la langue de Vondel. On le sait, le néerlandais et Elio, cela fait deux - notamment à cause de son problème d’ouïe. Mais personne ne peut lui reprocher de ne pas avoir essayé puisqu’il a même poussé l’effort jusqu’à commencer ses conférences de presse en néerlandais. Au final, cela donne des inderdaad aux "r" biens roulés. C’est original. On notera aussi ce mémorable "Dank u voor de café" lâché en pleine conférence de presse. Elio spreekt Nederlands...

J +100. Nous y voilà, cent jours et pas l’ombre d’un gouvernement. Pas même l’ombre d’un début d’accord. Cent jours depuis les législatives du 13 juin dernier et l’impasse politique est totale.

K ris Peeters. C’est le nouvel homme fort d’un parti ultrafaible : le CD&V. Les démocrates-chrétiens flamands, laminés lors des élections du 13 juin dernier, cherchent une boussole. La présidente Marianne Thyssen a jeté l’éponge, Wouter Beke a repris en main le parti ad interim. Mais il est faible, note-t-on jusqu’au sein même de son parti. Et il se tourne constamment vers le ministre-Président flamand Kris Peeters pour guetter son approbation. Sans Peeters, rien ne se fait au CD&V. Pour le moment. Car des élections pour la présidence du parti se profilent, et les appétits s’aiguisent

L aeken. Et voilà un Souverain, Albert II, qui a repris du service depuis le scrutin du 13 juin dernier, toujours flanqué de son fidèle chef de cabinet Jacques Van Ypersele. D’autres diront qu’Albert II n’a pas vraiment eu l’occasion de quitter la scène politique depuis la crise de 2007. Quoi qu’il en soit, les présidents de parti continuent de défiler au château de Laeken - avec ou sans cravate -, le Palais déploie des trésors d’imagination pour dénicher des solutions à la crise politique

M auvais père. "Bart De Wever is geen goede vader." L’attaque lancée par la socialiste flamande Kathleen Van Vrempt dans les colonnes de "Dag Allemaal" à la mi-juillet a contribué à pourrir le climat entre SP.A et N-VA. Kathleen Van Brempt, une proche de la présidente Caroline Gennez, estimait que le président nationaliste flamand Bart De Wever était un mauvais père et donnait le mauvais exemple - vu qu’il consacrait si peu de temps à sa famille et autant de temps à la vie politique. De Wever, papa de quatre jeunes enfants, voue une détestation cordiale aux socialistes flamands.

N on paper. L’expression à la mode désigne ces notes que s’échangent les négociateurs, des notes sans statut officiel, et que l’on peut nier avoir rédigé si elles devaient tomber entre les mains de la presse. Notez : les fuites en direction des journaux ont été moins massives que pendant la formation de l’orange bleue. Notez encore : ce magnifique non-paper avec lequel s’est fait photographier la chef cab’ de Di Rupo, Anne Poutrain, le vendredi 3 septembre. On y annonçait l’échec des négociations alors que celles-ci n’étaient pas encore terminées

O osterweel. Le dossier qui pourrit l’atmosphère du gouvernement flamand où SP.A et N-VA sont à couteaux tirés pour savoir si un pont ou un tunnel sera construit pour désengorger Anvers. Le dossier Mobilité de la Métropole fait pas mal de remous - jusqu’à menacer la stabilité de l’Exécutif Peeters. Qui a décidé de repousser la décision de quelques jours.

P lan A, plan B, etc. Très en vogue durant ces cent jours : évoquer l’existence d’un plan A (soit la réussite des négociations en cours) ou un plan B (une scission de la Belgique). Laurette Onkelinx et plusieurs ténors socialistes, échaudés par les reculades de la N-VA, ont indiqué le week-end des 4 et 5 septembre qu’il fallait "un plan B" afin de se préparer à la fin du pays.

Q Interviewé par la RTBF au soir de l’échec de la mission d’Elio Di Rupo, le président de la N-VA s’agace des questions au sujet des divisions qui régneraient dans son parti. Et il lâche cette phrase en français dans le texte : "Ce qui se passe derrière mon dos, c’est de mon cul." Comprenez : "Qui parle dans mon dos, parle à mon cul." CUL(te)

R esponsabilisation. C’est le leitmotiv flamand depuis le scrutin : plus d’autonomie pour les entités fédérées. "Il faut une responsabilisation financière des Régions", répète Bart De Wever. Les francophones ne sont pas contre, mais pas question de régionaliser l’impôt des personnes physiques C’est l’un des nœuds du problème.

S emaine familiale. Vacances, j’oublie tout. Du 31 juillet au 8 août, les négociateurs se sont accordés une semaine de break, histoire de souffler un peu. Un président de parti constate avec le recul : "Nous n’aurions jamais dû prendre cette semaine de congé, c’est ce qui a cassé la dynamique entre nous."

T uf tuf tuf : daar is Van Besien. Les médias flamands ont raillé le président de Groen! Wouter Van Besien qui s’est rendu le samedi 4 septembre au château de Laeken dans une (très vieille et très polluante) Toyota Corolla "conduite par un ami" . "Je suis venu directement d’Anvers, s’est justifié Van Besien, d’habitude mes services me louent une voiture." Tuf tuf tuf.

U ltime proposition. L’expression est revenue à plusieurs reprises durant ces 100 jours. Elle est revenue chaque fois qu’une virgule bougeait dans un sens ou dans l’autre : les médias qualifiaient celle-ci d’"ultime proposition", voire de proposition "à prendre ou à laisser"

V isé. C’est en sortant du glacier Pam-Pam à Visé que le président du Parlement flamand, le N-VA Jan Peumans, s’est fait insulter - "Sale flamand, connard", lui aurait-on lancé Son agresseur ? Un membre de l’action fouronnaise. Selon les versions, celui-ci aurait frappé Jan Peumans. Le francophone soutient que c’est Madame Peumans qui aurait voulu lui porter un coup de parapluie. Bref, une (mauvaise) histoire belge, qui a jeté un plus d’huile sur le feu communautaire.

W affels. On sait que le président de la N-VA, Bart De Wever, a très bon appétit. Et lorsqu’on négocie durant des heures, on avale ce qu’on a sous la main. Soit. A ce jeu-là, deux négociateurs francophones ont comptabilisé le nombre de gaufres qu’avait mangées Bart De Wever en une heure. Leur compteur s’est arrêté à huit. Qui dit mieux ?

X Monsieur X. C’est l’homme providentiel qui n’est jamais arrivé, celui capable de forger le compromis entre Flamands et francophones, celui capable d’accepter le compromis - quitte à prendre ses propres troupes à rebrousse-poil. Monsieur X, où êtes-vous ?

Y ves est toujours vivant, merci pour lui. On a d’ailleurs pu le voir, sur les rives du Lac de Côme, en Italie, se faire harponner par la télévision publique britannique, la très pugnace BBC. Dans le programmee HardTalk diffusé début septembre, Yves Leterme, qui s’attend à être interviewé sur l’eurozone, se voit contraint de s’expliquer sur ses attaques à l’égard des francophones - et sa fameusse comparaison entre les Wallons et un sac à dos rempli de pierres Bref, Yves déguste pendant dix minutes. Perfide Albion.

Z warte Piet. Traduisez : le jeu du valet noir. Comprenez : personne ne veut être celui qui dynamitera toutes les négociations et provoquera la crise politique ultime. Du coup, on se renvoie la balle. Là, le jeu est (très) long. Il dure depuis quasiment 100 jours.