Augmenter les places en IPPJ: Stop ou encore?

Comment réagir face à la délinquance juvénile? La question fait débat. Pour certains, la réponse s’impose d’elle-même: « il faut augmenter les places en IPPJ ». Elles ont déjà triplé en 10 ans. Est-ce réellement la solution? Les jeunes placés en IPPJ y ont-ils tous leur place?

Augmenter les places en IPPJ: Stop ou encore?
©Archives ImageDepot / Johanna De Tessieres
Manon Libert (st.)

En Communauté française, le nombre de places en régime fermé a plus que triplé en dix ans. En 2000, on en comptait une trentaine. Maintenant, il en existe 106. Cette augmentation est étonnante à deux points de vue: tout d'abord, il semblerait que la délinquance juvénile n'ait pas augmenté, entre temps. De plus, selon une étude de la VUB, plus de la moitié des mineurs placés en IPPJ replongent après dans la délinquance.

Tous les jeunes placés en IPPJ, y ont-ils réellement leur place? D'après Carla Nagels, chercheuse au Centre de recherches criminologiques de l'ULB: « Énormément de mineurs placés en IPPJ ne devraient pas s'y trouver. Seulement, pour le juge de la jeunesse, envoyer un jeune « délinquant » en IPPJ, est la mesure la moins risquée ». Il existe plusieurs réponses à la délinquance qui ne nécessitent pas le placement du jeune mais, à court terme, elles sont moins fiables. Enfermé, le jeune ne peut récidiver.

Et pourtant, comme l‘explique Evelyne Huytebroeck, ministre de l'Aide à la Jeunesse à la Communauté française: « fermeté » ne signifie pas obligatoirement « enfermement ». « Pour certains jeunes qui ont commis des faits très graves, le placement en régime fermé est une manière de protéger la société, de leur faire prendre conscience qu’ils sont responsables de leurs actes. Cependant, elle doit rester une mesure à prendre en dernier recours».

Une enquête menée auprès des juges de la jeunesse en 1999 a révélé qu'ils considéraient que deux placements forcés sur trois n’étaient pas nécessaires mais qu’il n’existait pas suffisamment d’alternatives disponibles. L’objectif de la ministre est d'élargir l'offre de mesure à disposition des juges de la jeunesse. De nombreuses options existent. Elles sont prévues par la loi de 1965 relative à la protection de la jeunesse. Cependant, faute de moyen, certaines n'ont pas encore été mises en œuvre. La ministre entend bien y remédier.

Elle a alors lancé, en mai dernier, un vaste processus de réflexion, afin d'éclairer le Gouvernement, sur le nombre de places nécessaires en régime fermé. Pour cela, elle a fait appel a la Fondation Roi Baudouin. Une table ronde, composée d'acteurs de terrain, de magistrats et d'expert a été chargée de formuler des recommandations pour mettre en œuvre les mesures prévues dans la loi de 1965. Le rapport de la formation sera remis à la ministre le 30 septembre prochain.