Délinquance juvénile: Chassez les idées reçues!

A plusieurs reprises, cette année, des mineurs se sont retrouvés au centre d'une actualité plutôt dramatique, que ce soit pour des homicides, des émeutes ou des conflits entre bandes urbaines. La médiatisation de ces récits a tendance à renforcer de fausses impressions sur la criminalité des mineurs. Evelyne Huytebroeck et Carla Nagels nous aident à faire la chasse aux idées reçues!

Délinquance juvénile: Chassez les idées reçues!
©Archives ImageDepot / Johanna de Tessieres
Manon Libert (st.)

Idée reçue n°1: « tous les jeunes sont des délinquants en puissance! »

«Arrêtons de stigmatiser tous les jeunes comme des voyous potentiels», s'écrie Evelyne Huytebroeck, la ministre de l'Aide à la jeunesse à la Communauté française. Une remarque à juste titre, lorsque l'on sait que seule une infime minorité de jeunes sont coupables d'actes graves de délinquance. Pour le prouver, la ministre cite des chiffres de l'Observatoire « enfance et jeunesse », datant de 2008: « Moins de 2% des jeunes, âgé de 0 à 18 ans, ont eu besoin d'être aidés par les services de l'aide à la jeunesse. Parmi ceux-ci, seuls13% sont passés devant un juge de la jeunesse pour avoir commis une infraction ».

Idée reçue n°2: « les ados sont les principaux responsables de la délinquance »

Selon les statistiques, les majeurs sont plus à craindre que les ados. Une étude du SPF justice, réalisée en 2009, stipule que le nombre d'infractions imputables à des majeurs est huit fois plus élevé que celui commis par des mineurs.

Idée reçue n°3: « les mineurs commettent des délits de plus en plus jeunes »

Souvenez-vous, en juin dernier, le hall sportif du centre culturel de Welkenraedt était partiellement détruit par un incendie volontaire. Les responsables? A la surprise générale, les pyromanes étaient deux jeunes ados, âges de 12 et 13 ans! On a l'impression que la jeunesse n'est plus ce qu'elle était, que nos ados grandissent de plus en plus vite et commettent des délits de plus en plus jeunes. Comme le précise la ministre: « aucun des chiffres disponibles ne peut étayer cette thèse ». Carla Nagels, chercheuse au Centre de criminologie de l'ULB, ajoute que la plupart des délits commis par des jeunes sont des vols. «Quand la victime porte plainte, elle n'évalue pas toujours correctement l'âge du voleur. Les chiffres enregistrés ne reflètent donc pas obligatoirement la réalité».

Idée reçue n°4: «les jeunes commettent des actes de délinquance de plus en plus grave»

Selon un rapport de l'Institut national de Criminalistique et de Criminologie, réalisé en 2008, seul un mineur sur 100.000 a été suspecté d'être impliqué dans un homicide. Quant aux vols avec violences, ils seraient le fait de trois mineurs sur 10.000. «On ne constate pas d'aggravation des faits. Au contraire, il y aurait même une légère diminution du nombre d'homicides imputables aux mineurs », explique Evelyne Huytebroeck.

Il est très difficile d'évaluer correctement la délinquance juvénile. Il semblerait, cependant, que son ampleur se maintienne en Belgique. Cette stabilité devrait même nous surprendre, lorsqu'on regarde les changements intervenus dans notre société: l'augmentation du nombre de familles éclatées, l'insécurité sur le marché du travail,etc.

Les ados ne sont, bien sûr, pas tous des anges mais il ne faut pas, pour autant, les stigmatiser. Pour Evelyne Huytebroeck, il est temps de restaurer une image positive des jeunes: « Ils incarnent toutes les chances de notre société. C’est eux qui devront relever les défis humains, sociaux, démocratiques, environnementaux, climatiques, énergétiques et économiques de demain».