Des coachs pour combattre la délinquance juvénile

Les réponses à apporter à la délinquance juvénile sont au centre d'un grand débat. Au moindre fait divers, certains n'hésitent pas à lancer des solutions simplistes , voire « viriles ». Pour Evelyne Huytebroeck, la ministre de l’Aide à la jeunesse: « fermeté » ne signifie pas obligatoirement « enfermement ». D'ici quelques mois, elle proposera aux juges de la jeunesse, une alternative au placement en IPPJ: l'accompagnement éducatif intensif.

Des coachs pour combattre la délinquance juvénile
©BELGA
Manon Libert (st.)

L'accompagnement éducatif intensif est prévu par la loi de 1965 relative à la protection de la jeunesse. Faute de moyens, les juges de la jeunesse ne peuvent, cependant, toujours pas l'imposer à un jeune condamné pour acte de délinquance. En avril dernier, le gouvernement de la Communauté française a décidé d’y remédier : un budget de 1.450.000 euros par an sera consacré à cette mesure.

Comme l'explique Carla Nagels, chercheuse au Centre de recherches criminologiques à l'ULB, énormément de jeunes placés en IPPJ n'y ont pas leur place. Selon elle, beaucoup de juges de la jeunesse ont tendance à opter pour le placement en IPPJ, par réflexe: « l'enfermement est, historiquement, la première mesure qui a existé pour punir la délinquance. Il est ancré dans la culture professionnelle de la magistrature mais il reste également prégnant dans l'opinion publique. C'est un peu la solution de facilité car, par rapport aux autres mesures, le placement est le moins risqué. Enfermé, le jeune ne peut récidiver».

Evelyne Huytebroeck, la ministre de l'Aide à la jeunesse, semble également penser que l'enfermement doit rester une mesure ultime réservée à des actes de délinquance grave. « Fermeté ne signifie pas obligatoirement enfermement », insiste la ministre. « Pour certains jeunes, le placement en régime fermé est une manière de protéger la société et de leur faire prendre conscience de leurs actes. Cependant, pour d'autres jeunes qui ont commis des faits d'une moindre gravité, je ne pense pas qu'ils doivent être écartés de leur milieu de vie. Il existe d'autres mesures susceptibles de mettre fin à cette spirale de la délinquance ». L'accompagnement éducatif intensif que la ministre met ,actuellement, en œuvre, est l'une de ces options. Elle est réservée aux mineurs qui ont commis une infraction comme des vols avec violence.

Concrètement, une trentaine d'éducateurs et trois coordinateurs régionaux, répartis dans les services de protection judiciaire, seront chargés d'encadrer 120 jeunes « délinquants ». Plusieurs fois par semaine, ils rencontreront les jeunes dans leur famille, à l'école, etc. Rien à voir, bien sûr, avec des visites de courtoisie! Le jeunes sera surveillé de prés pendant au moins 6 mois. Il devra également respecter une série de condition: être assidu aux cours, participer à des activités sportives, culturelles ou philanthropiques, respecter les règles familiales.«C’est une mesure très contraignante », insiste la ministre Huytebroeck, soucieuse de casser l’image d’une Communauté française laxiste, qui tolère l'impunité.

Le défi est ambitieux: l'accompagnement éducatif intensif doit réussir à sortir le jeune de cette spirale de délinquance sans l'écarter de son milieu et en lui laissant la chance de poursuivre ou de reprendre sa scolarité. Cette mesure doit encore faire ses preuves mais elle semble, en tous cas, assez prometteuse...