Mahinur Ozdemir : « J’aimerais qu’on ne me désigne plus comme la député voilée »

Le 23 juin 2009, Mahinur Ozdemir s’en souvient encore. Ce jour là elle a prêté serment devant les autres députés au Parlement bruxellois. Par cet acte elle est devenue la plus jeune élue du Parlement mais aussi la première parlementaire voilée. Applaudie par certains, critiquée par d’autres, Mahinur Ozdemir revient sur cette époque marquante de sa vie.

Mahinur Ozdemir : « J’aimerais qu’on ne me désigne plus comme la député voilée »
©Johanna de Tessières
L. Berdelou (s.t)

Le 23 juin 2009, Mahinur Ozdemir s’en souvient encore. Ce jour là elle a prêté serment devant les autres députés au Parlement bruxellois. Par cet acte elle est devenue la plus jeune élue du Parlement mais aussi la première parlementaire voilée. Applaudie par certains, critiquée par d’autres, Mahinur Ozdemir revient sur cette époque marquante de sa vie.

En prêtant serment voilée la jeune femme s’attendait à recevoir des critiques mais elle avoue s’être tout de même sentie dépassée par la situation.  « Autant en 2006, quand j’ai prêté serment au conseil communal, je n’avais eu aucune réaction négative, j’ai vraiment prêté serment de manière sereine. Autant en 2009 je n’avais pas compris l’excitation qui avait débordé le cadre national. »

Aujourd’hui Mahinur Ozdemir en a marre que l’on parle d’elle pour son foulard et souhaiterait plus souvent être interrogée sur les dossiers qu’elle traite dans le cadre de ses fonctions : les contrats de quartier, les familles monoparentales, l’aide à la jeunesse, et la lutte conter le décrochage scolaire. Heureusement, la plupart de ses collègues l’acceptent comme elle est et cela plait à la jeune femme qui peut travailler avec eux sereinement. « Je continuerais de travailler avec les personnes qui veulent bien s’engager avec moi sur le fond des dossiers » et ceux qui l’ignorent elle préfère leur laisser le temps nécessaire et les invite à questionner leurs propres représentations. En effet « il y a encore des personnes qui refusent de m’adresser la parole et qui font comme si je n’existais pas » regrette-t-elle. Mais ce n’est pas ça qui la décourage.

Même si ce ne sont pas les thématiques dont elle s’occupe en tant que député, Mahinur Ozdemir est sensible à certaines questions qui concernent les minorités. Une des matières qui la touche le plus concerne les discriminations à l’embauche. Tout comme d’autres jeunes filles voilées, elle aussi a connu des difficultés au moment de trouver un emploi alors que son voile ne lui avait causé aucun souci durant ses études. Mahinur Ozdemir déplore d’ailleurs que « beaucoup de femme qualifiée qui portent le foulard doivent migrer dans les pays Anglo-Saxons car là-bas elles sont considérées pour leurs compétences et leurs capacités professionnelles. C’est aussi une fuite des cerveaux » De son coté aurait-elle pu migrer ? Et bien non, Mahinur Ozdemir semble très attachée à son pays, la Belgique : « Je me serais plutôt lancée dans l’entreprenariat, ce que mes parents m’avaient encouragés à faire car ils sont eux-mêmes entrepreneurs.» Et pour rien au monde elle n’aurait enlevé son voile, « pas plus que j’aurais changé de coupe de cheveux ou de prénom pour décrocher un emploi » assure-t-elle.

La jeune députée sait ce qu’elle veut et se donne les moyens d’y parvenir. Elle n’a pas eu à migrer pour arriver là où elle en est aujourd’hui, et cela malgré un chemin pas toujours facile. Mahinur Ozdemir est confiante pour l’avenir. Et à ceux qui ne la comprennent pas elle explique qu’il «faut pouvoir se décentrer de ses propres représentations et reconnaitre qu’il peut exister une autre approche, une autre conception de la vie tout en restant dans le cadre des principes démocratiques. A ce moment là on se rend compte que chacun a besoin d’être entendu, d’être respecté, et d’être écouté. » Avant d’ajouter que « il peut toujours y avoir une différence entre nous mais il peut, de la même façon, toujours y avoir une ressemblance entre nous. Tout est question de regard et de confiance ». Et elle conclut : « C’est sur nos ressemblances que je veux baser mon travail et mon action politique ».