Très régionale, cette Fête (VIDEO)

Il y en avait du (beau) monde, lundi, à l’hôtel de ville de Bruxelles. Le plus beau bâtiment de la "plus belle place du monde", accueillait, comme de coutume, en sa sombre - mais "merveilleuse", dixit l’hôte du jour Freddy Thielemans (PS) - salle gothique, la séance académique de la Fête de la Communauté française.

L. G.
Très régionale, cette Fête (VIDEO)
©BELGA

Il y en avait du (beau) monde, lundi, à l’hôtel de ville de Bruxelles. Le plus beau bâtiment de la "plus belle place du monde", accueillait, comme de coutume, en sa sombre - mais "merveilleuse", dixit l’hôte du jour Freddy Thielemans (PS) - salle gothique, la séance académique de la Fête de la Communauté française. Deux mois et demi après celle de la Fête flamande "Un symbole fort" , a commenté le ministre-président PS, Rudy Demotte, en introduction de son discours, soulignant la vocation de Bruxelles comme "lieu de rencontre entre Flamands, Wallons et Bruxellois". Un symbole qui le poussa, tout en certifiant n’avoir "pas l’intention de surenchérir dans le registre de l’institutionnel" , à réaffirmer "l’importance pour chacun d’être reconnu dans sa réalité propre et son existence institutionnelle" . "Bruxelles n’appartient à personne. [ ] Elle doit bénéficier d’une reconnaissance intégrale de sa qualité de Région."

Le ton était donné. En ce jour de fête communautaire, le propos allait surtout être régional. Même les Pastoureaux, Petits Chanteurs de Waterloo, qui assuraient les intermèdes musicaux, apportaient, avec leurs pulls jaunes et leurs vestons noirs, une touche toute régionale (flamande en l’occurrence). Mais dans la bouche de Rudy Demotte, il fut évidemment question de Wallonie et de Bruxelles. Le double ministre-président y alla d’un vibrant plaidoyer "pour que les nouveaux transferts de compétences prennent le chemin des Régions". La Belgique à construire, pour lui, doit ressembler à ceci : trois Régions renforcées dans un Etat fédéral maintenant la solidarité, une collaboration plus forte entre Wallonie et Bruxelles, notamment via la Fédération Wallonie-Bruxelles. Notamment, car celle-ci peut également se manifester en dehors de l’institution, par des accords de coopération ou simplement par les gens ou la culture.

"J’ai plaidé avec Charles Picqué, dès avril 2008, pour l’évolution de la Communauté vers une Fédération Wallonie-Bruxelles , enchaîna M. Demotte. On voit aujourd’hui que cette idée est désormais forte aussi bien en Wallonie qu’à Bruxelles et je profite de cette tribune pour lancer un appel à tous les responsables francophones de Wallonie et de Bruxelles afin que chacun dans son action renforce cette Fédération. La majorité Olivier a ouvert cette voie Les esprits ont intégré ce fait L’avenir nous donnera l’occasion de le traduire plus encore dans les structures."

Mais pas tout de suite, précisa Rudy Demotte. Si le député wallon MR Richard Miller a encore rappelé dans un communiqué diffusé hier sa demande d’ouvrir enfin le débat entre parlementaires francophones sur le nouveau paysage institutionnel - "il faut que les francophones sachent ce qui est actuellement sur la table des négociateurs; il n’est pas acceptable que les citoyens soient mis devant le fait accompli" -, le ministre-président estimait, lui, qu’"aujourd’hui, la réflexion institutionnelle se concentre naturellement sur le niveau fédéral, car c’est là que se trouve le nœud gordien, la paralysie. [ ] Une fois un accord fédéral trouvé - mais cela pourrait valoir aussi en cas de blocage irrémédiable - je confirme qu’il nous appartiendra alors de saisir la balle au bond". Pas avant, donc. "J’entends que la réflexion intrafrancophone ne se fasse pas au détriment du reste de l’activité parlementaire et gouvernementale, c’est-à-dire au détriment de l’essentiel."

D’ici là, on n’en saura pas plus. Ce qui ne rassure pas - c’est un euphémisme - l’opposition réformatrice. Françoise Bertieaux, chef de groupe MR au Parlement de la Communauté française, se montrait pour le moins perplexe au terme de la séance académique : "Si j’avais entendu le discours de M. Demotte à la Fête de l’Iris, j’aurais été très contente. C’était une véritable ode à la Région bruxelloise. Mais il reste très flou sur ce que doit être la Communauté française. Est-ce une simple plate-forme de concertation interrégionale ? Je peux comprendre que l’on transfère certaines matières du Fédéral aux Régions, mais je crains que l’on vide la Communauté de sa substance. Ce n’était pas un discours d’enterrement de la Communauté, mais ce n’était pas non plus un discours de fête. Même le président du Parlement, M. Luperto, a évoqué une "coupole". C’est léger, une coupole, c’est une instance de concertation. Et M. Marcourt n’a-t-il pas parlé récemment de régionaliser l’enseignement supérieur ? Je reste avec un malaise."