Rideau sur le "dossier bis"

C’est un dossier judiciaire emblématique qui s’est refermé mardi. La chambre du conseil de Neufchâteau a baissé le rideau sur le "Dutroux bis". Elle a rendu une ordonnance de non-lieu dans ce dossier, à charge d’inconnus, séparé en 2001 du dossier principal Dutroux.

Rideau sur le "dossier bis"
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Jacques Laruelle

C’est un dossier judiciaire emblématique qui s’est refermé mardi. La chambre du conseil de Neufchâteau a baissé le rideau sur le "Dutroux bis". Elle a rendu une ordonnance de non-lieu dans ce dossier, à charge d’inconnus, séparé en 2001 du dossier principal Dutroux. Celui-ci a connu son épilogue en 2004 devant les assises d’Arlon avec les condamnations de Marc Dutroux, Michel Lelièvre, Michelle Martin et Michel Nihoul.

L’enquête "Dutroux bis" est donc close. Mais pas forcément définitivement. Il n’y aura pas de nouvelles investigations. Sauf si un élément neuf apparaissait.

Le "dossier bis" a été ouvert en 2001 sur décision de la chambre des mises en accusation de Liège en réponse à un double impératif : comment faire en sorte que Dutroux et consorts soient vite jugés tout en continuant à enquêter sur l’existence d’éventuels autres complices qui n’auraient pas été identifiés ? Les deux volets ont alors été séparés.

Le "dossier bis" était plutôt mince : il comprenait principalement quelque 8 000 cheveux retrouvés dans les maisons de Dutroux et des microtraces découvertes dans la cache de la maison de Marcinelle. Ces traces n’appartiennent pas forcément à un éventuel complice : Dutroux a, en effet, récupéré des objets de seconde main, comme le matelas ayant appartenu à un ex-codétenu pour le placer dans la cache après l’arrivée de Sabine Dardenne.

L’analyse de ces indices est de plus un travail de bénédictin. Et surtout très onéreux. Le juge d’instruction Jacques Langlois n’a jamais été persuadé de l’utilité d’un examen systématique, arguant qu’il n’y a pas de base de données très fournie avec laquelle établir des comparaisons. Au contraire de l’ancien procureur du roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, qui y voyait une opportunité de découvrir l’implication de nouveaux acteurs.

La chambre des mises en accusation de Liège a pris une position médiane en 2008, ménageant la susceptibilité des deux hommes. Une méthode a été retenue pour ne pas devoir procéder à un examen systématique. Et aucun profil ADN connu n’a été identifié. Lors de l’examen des 55 cheveux découverts dans la cache, on a bien cru avoir trouvé, en janvier dernier, le profil d’une personne impliquée dans un autre dossier judiciaire. Mais il est apparu que c’était le cheveu d’un laborantin de l’INCC. Fausse piste, donc.

La voie était donc ouverte pour une clôture via un non-lieu. Le procureur du roi de Neufchâteau, Vincent Cambier, qui a succédé à Michel Bourlet en février 2009, l’a requis le 1er octobre, tandis que M. Langlois a expliqué que plus rien ne pouvait être fait. Et ils ont été suivis par la chambre du conseil.

"A l’heure actuelle, l’enquête est au bout de ce qui était raisonnable. Dans l’état actuel, il n’y a pas d’infraction à charge d’une personne déterminée autre que celles qui ont été condamnées. On ne voit pas quels devoirs pourraient encore être faits pour aboutir à des éléments probants", indique l’avocat général Jean-Baptiste Andries, qui avait requis en 2004 avec M. Bourlet aux assises.

Mais, si un élément nouveau apparaissait - comme des révélations ou comme une correspondance entre un profil ADN identifié dans l’enquête et un profil qui entrerait dans les bases de données judiciaires - le dossier serait rouvert, précise M. Cambier.

Les parties civiles peuvent faire appel de l’ordonnance. Mais c’est peu vraisemblable. Pol Marchal, père d’une des victimes de Dutroux, était le seul à l’audience, le 1er octobre. Il s’était dit frustré que l’on n’ait pas plus enquêté mais disait être fatigué de se battre, qu’il n’irait pas en appel, "préférant jeter l’éponge" et se consacrer à sa famille.