"J’ai refusé de passer pour le ministre du Chômage"

Le ministre wallon de l’Emploi a le sourire. Pour le 7ème mois consécutif, le chômage a reflué en Wallonie. André Antoine (CDH) ne boude pas son plaisir. Et passe à une nouvelle priorité : la lutte contre le chômage des femmes.Politic TwistLa Wallonie en bon élève

"J’ai refusé de passer pour le ministre du Chômage"
©Olivier Pirard
Vincent Rocour

Entretien

Le ministre wallon de l’Emploi a le sourire. Pour le 7ème mois consécutif, le chômage a reflué en Wallonie. André Antoine (CDH) ne boude pas son plaisir. Et passe à une nouvelle priorité : la lutte contre le chômage des femmes.

“La Wallonie à la tête de l’emploi”. C’est comme cela que vous avez intitulé un communiqué de presse vendredi. Vous ne forcez pas un peu, là ?

On fait reculer le chômage de 11 307 unités en un mois. Je pense qu’on peut le dire. Quand je compare les chiffres à un an d’intervalle, je vois un recul de plus de 15 % du chômage. Cela devient significatif. Quand je relève qu’en octobre, le Forem a géré 12267 offres d’emploi, c’est-à-dire 28 % de plus par rapport à septembre, je me dis qu’il y a quelque chose qui se passe en Wallonie. Nous sommes la seule région où le chômage a baissé depuis le début de l’année. Et attention : les emplois qui sont créés ne le sont pas dans la sphère publique. C’est dans la métallurgie, les services financiers, les services aux entreprises. La tendance lourde, c’est de l’emploi privé. Il n’y a pas de fatalisme. Auparavant, un ministre wallon de l’Emploi passait pour être d’abord le ministre du Chômage. J’ai refusé cela.

A quoi attribuer ces résultats positifs ?

D’abord aux employeurs. L’étude SD Worx montre qu’ils retrouvent la confiance. Il y a peut-être aussi le fait que, faute de gouvernement fédéral normalement constitué, il n’y a pas encore de politiques d’austérité en Belgique alors que tous les autres pays en adoptent. Je pense par ailleurs que les mesures fédérales de l’emploi, comme le chômage temporaire pour les employés ou le plan win win, ont eu des effets très positifs. Et puis, il y a sans doute maintenant les effets du plan Marshall 1. Tous les économistes disent que pour voir les résultats d’un plan, il faut un certain temps.

Enfin, il y a un nouveau Forem, un Forem remodelé. Ceux qui font de la résistance au Forem devraient être fiers des chiffres qu’il présente. Il fallait notamment instaurer l’accompagnement individualisé les chômeurs. On y travaille. Aujourd’hui, 70 000 chômeurs sont accompagnés individuellement. Avant, ils passaient d’un service à l’autre. On ne les connaissait pas. Maintenant, on les connaît fort bien. On connaît leur force, leurs faiblesses. Et s’ils ne viennent pas à un rendez-vous du Forem, leur dossier est envoyé à l’Onem systématiquement. C’est une vraie révolution. Depuis le début du plan d’activation des chômeurs, le Wallon est plus touché que le Flamand et le Bruxellois. Demain, avec l’accompagnement individualisé, ce sera encore plus évident.

Est-ce qu’on n’est pas en train de réduire les chiffres du chômage surtout en augmentant les exclusions ?

On ne peut pas dire cela. Les proportions ne sont pas comparables.

A propos de la réforme du Forem, les syndicats se montrent réticents.

Il faut des ruptures. Des changements. Et mettre le maximum de moyens sur la production. Cela suppose évidemment des réallocations internes. On ne va plus faire comme dans le passé où l’on engageait du personnel chaque fois qu’un nouveau besoin se présentait. Non. Il faut de la mobilité interne. Je ne comprendrais pas que le service public qui enseigne la mobilité et la flexibilité aux demandeurs d’emploi ne s’applique pas ces principes à lui-même. Personne ne va perdre un euro dans la réforme.

La Flandre propose de régionaliser davantage l’accompagnement des chômeurs. Vous y voyez un avantage ?

Si c’est pour appauvrir la Wallonie, nous n’en voulons pas. Si c’est pour la responsabiliser, alors je n’en ai pas peur. Nous pourrions coller davantage aux attentes des entreprises et des chômeurs.

Que faut-il encore améliorer en Wallonie ?

Il faut s’interroger sur le chômage féminin. Quand je vois que plus de la moitié des chômeurs sont des femmes, que la moitié des chômeuses n’ont pas dépassé le degré inférieur de l’enseignement secondaire et qu’une sur 4 a moins de 25 ans, je m’inquiète. On ne peut faire reculer le chômage en Wallonie que si on peut remettre de manière durable le personnel féminin au travail.

Avec quelles recettes ?

L’accompagnement individualisé va aider. Je crois qu’il faut aussi mettre l’accent sur l’apprentissage des langues. Quand je vois le nombre de femmes qui se déclarent personnel administratif sans connaissance linguistique, cela m’effare. Ce sera ma priorité dans les prochains mois. Mon autre priorité, ce sera la réhabilitation des métiers manuels. Nous allons accueillir, en 2012, à Francorchamps, le championnat d’Europe Euroskills. L’artisanat, c’est un gigantesque gisement d’emplois.