Barroso : "La crise nous fait progresser"

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, était ce jeudi dans les locaux de "La Libre" pour un long entretien avec la rédaction. La crise de la zone euro était évidemment au menu. Mais pas seulement.

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© Christophe Bortels

Que répondez-vous aux eurosceptiques qui voient dans la crise actuelle la preuve que l’Union monétaire sans Union économique est vouée à disparaître ?

Je réponds qu’ils ont tort. L’euro est une protection. Nous connaissons des problèmes importants dans des pays qui ne font pas partie de la zone euro. Je refuse donc l’argument selon lequel l’euro est la cause de la crise. Ceci dit, la crise a mis en relief certains problèmes que nous n’avions pas résolus et, là, nous avons agi. Nous avons proposé des réponses à tous les niveaux, jusqu’aux Etats membres, pour créer de nouvelles structures sans précédent, qui ont coûté de l’argent et qui n’étaient même pas prévues par le traité de Lisbonne. Mais nous devons apporter une réponse systémique plus poussée et j’y travaille avec les institutions européennes et les Etats membres. Il faut rappeler à l’opinion publique que notre préoccupation, c’est la croissance et l’emploi. Mais il faut aussi s’attaquer à la dette car, sans cela, nous ne restaurerons pas la confiance nécessaire aux investissements et à la création d’emplois. Je comprends l’opinion publique qui se dit : "On est en train de renflouer les banques. Et nous?" Cette indignation est absolument légitime. Mais, en politique, il faut penser aux alternatives. Nous avons estimé qu’une crise systémique en Europe serait beaucoup plus dommageable pour le bien-être des citoyens européens.

Mais comment expliquez-vous alors que les marchés n’y croient pas ?

Soyons clairs : les marchés ne sont pas parfaits et l’information dans les marchés n’est pas parfaite. Ainsi, aux Etats-Unis, on ne comprend pas encore très bien comment fonctionne l’euro. En Europe non plus d’ailleurs ! Notre système est très complexe, mais nos fondamentaux sont excellents. Même en matière de dette, nous sommes à des niveaux inférieurs à celui de plusieurs de nos partenaires. Notre croissance reste faible, mais il y aura une croissance en Europe cette année. Il reste des problèmes dans certains pays européens, mais ces pays sont en train de prendre des mesures courageuses pour redresser la barre. De plus, l’Europe dispose des instruments nécessaires pour faire face à toutes sortes de menaces.

Estimez-vous que la Banque centrale européenne est suffisamment armée pour affronter les turbulences actuelles ?

Je le confirme. J’ai pleine confiance dans le fait que la Banque centrale sera capable de prendre toutes les mesures qui s’imposent pour assurer la stabilité de la zone euro.

On a le sentiment aussi que les marchés vivent un peu au gré des commentaires de personnalités européennes ou de chefs de gouvernement. L’Allemagne est très écoutée pour l’instant...

Les gens qui ont des postes à responsabilités parlent parfois trop. Et quand les marchés sont nerveux, les responsables politiques doivent être sages. Très franchement, moi- même, j’aurais parfois préféré des décisions plus rapides. Mais je suis fier car nous sommes désormais à la pointe dans certains domaines comme la supervision financière. Et nous avons fait cela avec 27 Etats membres. A l’unanimité ! Cela paraissait impensable aux yeux de beaucoup. L’Europe peut être fière de sa réponse à la crise. C’est vrai, cela aurait pu aller plus vite. C’est ma frustration. Mais la Commission, c’est la salle des machines de l’Europe et nous suivons tout ce qui se passe jour et nuit. Et je suis persuadé que pour les autres éléments de la crise qui n’ont pas été résolus, tous les Etats membres seront présents pour les rendez-vous décisifs.

Si l’on se projette dans dix ans, aura-t-on le sentiment que l’Europe sera sortie renforcée de cette crise ?

C’est un exercice auquel je me livre souvent moi-même. Est-ce que dans quatre ans, lorsque se terminera mon deuxième mandat, l’Europe sera plus ou moins intégrée ? La réponse sera oui, même si c’est la crise qui aura servi d’accélérateur. Nous avons progressé, c’est évident. Y compris dans la gouvernance économique. Le travail de la "task force" présidée par Herman Van Rompuy va aussi dans le sens de plus de coordination. Même chose au niveau du G20 : nous pouvons nous présenter ensemble. J’ai foi en l’Europe, pas parce que je suis un Européen convaincu, mais parce que mon analyse me convainc. Ce qui est pire que l’opposition des eurosceptiques, c’est le pessimisme des pro-européens.


Découvrez José Manuel Barrroso, rédacteur en chef d'un jour dans "La Libre" de ce vendredi


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