L’UCLouvain n’ a pas suffisamment convaincu

Le projet de fusion des universités catholiques n’a pas réussi, faute d’un soutien suffisant à Namur. Il faut maintenant digérer l’échec et trouver un plan B.

L. G.
L’UCLouvain n’ a pas suffisamment convaincu
©T.J.

Les recteurs des quatre universités catholiques ont beau blaguer et s’échanger des sourires, on voit bien que le cœur n’y est pas. Ce vendredi soir, dans la salle académique des Facultés de Namur, ils espéraient annoncer une première mondiale - la fusion de quatre universités, qui aurait été effective le 15 septembre prochain. Au lieu de cela, ils doivent commenter un échec qu’ils ont appris deux heures plus tôt, l’un en direct, les trois autres par SMS.

Jean-Paul Lambert, recteur des Facultés St-Louis (FUSL) à Bruxelles et président en exercice de l’académie Louvain dans laquelle collaborent les quatre institutions, explique ce que chacun sait déjà : après l’approbation du projet de fusion par l’Université catholique de Louvain (UCL), les Facultés universitaires catholiques de Mons (Fucam) et les FUSL, mercredi et jeudi, l’assemblée générale des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur (FUNDP) vient de bloquer la fusion des quatre institutions dans l’UCLouvain. Sur 44 votants, 30 se sont montrés favorables, soit "seulement" 68 %. Il en fallait 80, comme le prévoit la loi sur les ASBL, lorsque celles-ci veulent modifier leur objet social. "Un seuil très exigeant", fait remarquer M. Lambert. "Une majorité de 80 %, cela n’existe pas dans le monde politique." "On n’avait pas choisi une voie facile", renchérira Bart Jourquin, recteur des Fucam. "D’autres unifs ont fusionné par décret." Entendez l’ULg et les Facs de Gembloux, ainsi que l’UMH et la Faculté polytechnique de Mons.

Malgré la "solidarité" exprimée par ses collègues, Yves Poullet, recteur des FUNDP, est sans doute le plus abattu de tous. Logique, vu que l’échec vient de chez lui. "Dans les trois autres, vous êtes parvenus à convaincre les troupes", lâche-t-il. Les 68 % de "oui" obtenus à son assemblée générale valent pourtant bien le score de 66 % atteint au conseil académique de l’UCL (mais là, 50 % suffisaient, vu qu’il ne s’agit pas d’une ASBL). Le néorecteur namurois tente de résumer les raisons qui, selon lui, ont poussé 14 personnes(1) à voter contre le projet : une démarche "top-down" qui a trop tardé à associer les acteurs de terrain; un manque de confiance du personnel (académique et autres); une trop grande complexité qui fait que l’"on n’y voit pas clair". Il insiste : à Namur, on n’était pas contre la fusion en elle-même.

Il n’en reste pas moins que le résultat est là : la fusion tombe à l’eau. Le recteur néolouvaniste, Bruno Delvaux, ne cache pas sa déception, ni sa rancœur. Certes, il dit "respecter un vote démocratique", invitant cependant chacun à lire l’ouvrage de Marcel Gauchet "La démocratie contre elle-même". Mais il est triste, avant tout pour les centaines de personnes qui se sont investies dans ce projet enthousiasmant pendant près de cinq ans. Amer, il regrette les messages de craintes et les manipulations qui ont pu jouer. Plus fondamentalement, il déplore "le message qui est donné à la société qui nous subsidie", car la fusion était un "projet citoyen" visant à réduire la concurrence entre institutions. "La responsabilité des opposants est grande par rapport aux universités, par rapport au pays et par rapport à la majorité qui soutenait ce projet. Comment peut-on louper une telle opportunité historique ?!"

Les quatre recteurs accusent le coup, c’est clair, mais ils tentent de rester positifs. Tout n’est pas perdu, des bonnes pratiques ont été échangées, des méthodes de travail ont été partagées, des personnes ont appris à se connaître. Mais au-delà de ces acquis, quel est l’avenir des quatre universités catholiques ? Certes, elles restent partenaires au sein de l’académie Louvain. Mais maintenant que le plan A a échoué, quel est le plan B ? Les recteurs répètent qu’ils n’en ont pas. Bruno Delvaux : "Le groupe stratégique - trois par unifs - va se réunir lundi mais la première urgence, ce sera de redonner du moral à nos troupes. Les plans B, C ou D, ils viendront après." Jean-Paul Lambert, quoique peu explicite, s’avance davantage. "A titre personnel, je ne souhaite pas avoir fait tous ces efforts pour dire : on abandonne tout et on en revient à l’académie, certes améliorée par tous nos échanges. Je veux capitaliser davantage." Comment ? Quand ? Pourrait-on imaginer d’aller vers une fusion à trois ? "C’est légalement possible", concèdent les recteurs. Mais Bruno Delvaux ajoute : "On avait une telle foi dans ce projet à quatre qu’on n’y a a pas réfléchi."

On n’en saura pas plus. Tels des boxeurs groggys, les négociateurs doivent d’abord digérer le KO qu’on leur a infligé, avant d’envisager le match suivant. "On espère vous proposer quelque chose de nouveau, qui nous fasse rêver", glissera encore, guère convaincant, le recteur namurois.

(1) Dont un des quatre étudiants appelés à s’exprimer, nous a-t-on dit.